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  Le Tourisme religieux en France, en Europe et dans le Monde

" Permanent par sa présence constante dans les terres chrétiennes, multiforme dans ses manifestations, le pèlerinage s'enracine dans le cœur des hommes, dans leur appétit de sacré leur goût d'Absolu, leur quête de la trace de Dieu à travers le Monde. L'Église ne créé pas le pèlerinage, elle l'authentifie, l'organise, le discipline pour le plus grand profit du pèlerin. Le signe qui suscite le pèlerinage vient d'ailleurs, il annonce Dieu au Monde (…). Dans une religion aussi rationnelle que le Christianisme le pèlerinage est pour le grand nombre la porte ouverte sur le Surnaturel, la route entre la terre et le Ciel ". (extr. J. CHELINI & H. BRANTHOMME, Les chemins de Dieu, histoire des pèlerinages chrétiens des origines à nos jours, Paris, Hachette édit ., 1982, p . 429 ) .

INTRODUCTION

Les pèlerinages sont une des plus vieilles formes de migration touristique. Pourtant un développement considérable de ce type de migration se produit encore de nos jours. Le phénomène concerne toutes les grandes religions. Dans de nombreux pays les pèlerins ont joué , et jouent encore un rôle important dans les migrations .La nature du développement du tourisme religieux engage en premier lieu les représentants des différentes religions , avec leurs critères éthiques et spirituels spécifiques. Le tourisme religieux est de ce fait profondément différent du tourisme culturel car le professionnel du tourisme n'a pas sa place pour parler , guider , organiser le temps du croyant s'il n'est pas respectueux de la foi et s'il n'agit pas en symbiose avec les institutions religieuses .

Le pèlerinage est généralement considéré comme un voyage vers des lieux de culte religieux. Le motif général de ce voyage est la profonde conviction que des prières et d'autres pratiques religieuses sont exceptionnellement efficaces dans des localités liées à un saint ou à une divinité . Dans la littérature mondiale ces voyages sont désignés : "Pilgerfahrt", "Wallfahrt" (allemand ), " pilgrimage " (anglais) , "pellegrinaggi" (italien) .Quelques pèlerinages peuvent avoir un nom spécifique , par exemple celui de la Mekke se nomme "hajj " ou "hagg" ( "grand pèlerinage ") ou " umrah " ("petit pèlerinage "). Le pèlerinage sur les tombeaux des saints islamiques se nomme "ziyarah " ("visites pieuses "). Dans l'Hindouisme les voyages vers les lieux saints (" tirtha ") sont nommés "tirtha-yâtra". Quelques pèlerinages dans les pays catholiques ont aussi leurs noms spécifiques .

Les migrations de pèlerins, eut égard à leur caractère non professionnel, sont une forme de voyage touristique .Elles sont alors aussi sujet de recherche pour la géographie du Tourisme, surtout en ce qui concerne les formes et les aspects spatiaux des pèlerinages.

Le tourisme religieux, par l'infrastructure commerciale qu'il suppose fait partie intégrante de l'industrie du tourisme, de l'autre par sa dimension spirituelle il est inclassable car échappant aux nomenclatures habituelles, par exemple tourisme d'affaires et tourisme de loisirs. Il existe trois grands types d'approche du tourisme religieux. Dans une première approche on peut définir le tourisme religieux d'un point de vue spirituel comme "la manière d'être relié à Dieu - Créateur en étant du même coup relié à sa création au monde entier " (P.TALEC, 1993, p. 19). Dans une deuxième approche le tourisme religieux peut se définit d'un point de vue sociologique comme l'accès à la culture émanant des grandes religions. Il se caractérise par l'attrait culturel qu'exerce l'art sacré. Le tourisme religieux devient alors un phénomène de société dont l'ampleur dépasse de loin l'attachement des croyants à leur propre religion. Enfin le tourisme religieux peut se définit comme une complémentarité du culturel et du spirituel donnant lieu à une interaction valorisante pour l' Homme.

LE PAYSAGE RELIGIEUX FRANÇAIS

Selon l’Institut français d'opinion publique (IFOP) en 2007 pour La Vie, 64% des français se déclarent catholiques, 27% sans religion, 3% musulmans, 2,1% protestants et 0,6% juifs.

La religion catholique romaine demeure majoritaire en France ;  mais elle est essentiellement un marqueur identitaire pour beaucoup de Français face à la sécularisation et à l'expansion d'autres religions. Elle a grandement influencé la culture française; on peut citer ainsi les jours fériés qui sont, pour la plupart des fêtes religieuses catholiques, les cathédrales ou encore les écoles privées dont 9 sur 10 sont catholiques. Elle se retrouve aussi inscrite dans l'environnement: multiples édifices religieux à caractère historique, croix et calvaires au bord des routes et chemins, croix au sommet de montagnes, dans les armoiries et blasons, etc… On note de grandes différences dans les degrés d'appartenance à cette religion : 76% des catholiques français demandent des obsèques religieux, 47% croient à la résurrection du Christ et 35 % seulement croient en une vie après la Mort. Nos contemporains n'adhèrent pas globalement à l'église catholique mais adoptent une attitude plus " consumériste " en choisissant ce qui leur convient .

En France sur 62,6 millions d'habitants les Français se déclarant catholiques sont passés de 87 % de la population en 1972 à 64 % en 2009 (soit 41,5 millions) et les pratiquants de 20 % à 4,5 % dans le même temps. Pendant le même laps de temps, les autres confessions et religions voient leur représentation légèrement augmenter au sein de la population française (confession musulmane en particulier), ainsi qu'augmente rapidement le nombre de gens se déclarant sans religion, passant de 21 % à 28 % entre 1987 et 2009 .

D'autres enquêtes révèlent que les français se scindent tendances dans leurs comportements face à l'église catholique : -ceux qui se situent à l'extérieur (les hostiles, les sécularisés, les areligieux, les insatisfaits ),-ceux qui se situent à la périphérie (les baptisés/les mariés/les enterrés, les nostalgiques, les attachés sociologiques), -ceux qui se situent au noyau central ( les fidèles/les engagés ). Une enquête du C.R.E.D.O.C effectué à la fin de 1992 révélait que 80% des interrogés des déclaraient catholiques. Les répondants se divisaient en trois catégories : - le groupe majoritaire ( catholiques non pratiquants (42% ) ou pratiquants occasionnels ( 27%) ) : l'influence de la religion n'est plus très perceptible dans le domaine des opinions et des mœurs .La vie commune prénuptiale ou le divorce le les heurtent pas, la fréquentation des lieux de culte est exceptionnelle. Cette population souhaite simplement le maintien de certains repères religieux qui trouvent leurs fondements dans un héritage culturel et dans des croyances auxquelles ils adhèrent. -Le groupe des personnes se déclarant sans religion (16% de la population totale en 1992 et 28% en 2009). Leur progression est lente mais régulière car ce courant puise sa force dans les jeunes générations. On y rencontre beaucoup de personnes ayant un niveau d'études élevé et résidant dans l'Île de France ou dans les régions de la façade méditerranéenne.- Les catholiques pratiquants réguliers . Ils forment 12 % de la population totale et 50 % ont plus de 60 ans .Ils appartiennent très souvent à des associations confessionnelles.

La foi chrétienne traverse une crise notable en France. Le phénomène est perceptible à travers la lecture de nombreux indices : - la raréfaction des vocations .L'existence d'un clergé formé et ordonné pour un ministère consacré est un trait fondamental du catholicisme occidental .Or on assiste à l'effondrement de la courbe des vocations tant sacerdotales que religieuses et tant masculines que féminines. Le clergé et les ordres religieux n'assurent plus leur renouvellement régulier ( 40000 prêtres en 1976, 27000 en 1993,  19000 en 2009 ).- La régression du catéchisme et les progrès de l'ignorance religieuse sont aussi un indice révélateur de la baisse des pratiques religieuses .En 1960 9 petits français sur 10 suivaient des cours de catéchèse ( avec Première communion !), aujourd'hui 43% seulement des français en âge scolaire reçoivent une instruction religieuse et les cas d'enfants non baptisés sans connaissance réelle du christianisme sont devenus très fréquents

La disparition des traditions est aussi un trait caractéristique du paysage religieux français contemporain. Les pratiques sacramentelles et surtout la confession sont en régression malgré le commandement de l'Église prescrivant une confession annuelle le jour de Pâques. Le pourcentage des catholiques réguliers se confessant au moins 1 fois par mois est passé de 23% en 1952 à moins de 1 % en 1990 .Ce constat globalement négatif concernant l'état du catholicisme en France ne doit pas occulter la pérennité d'une religion populaire dont les permanences sont massives .ces dernières éclatent dans les expressions spontanées du religieux en marge des rites codifiés et des pratiques réglementées et selon des formes que ne contrôle pas l'institution. Parmi les indices révélateurs de cette nouvelles tendance on peut citer l'importance du produit de la vente des cierges dans les ressources des paroisses ainsi que l'essor des pèlerinages traditionnels qui révèle une piété distincte de la piété régulière.

Quelques sondages largement médiatisés sont révélateurs :-Le lundi de Pâques 1989 lors d'une émission de télévision, à la question : "La religion a -t- elle représentée quelque chose pour vous à un moment donné de votre existence ?", 60 % des personnes interrogées ont répondu " oui ", - En 1986 dans un sondage pratiqué sous l'égide du journal "Le Monde " à la question : "Vous arrive-t-il de prier?", 11% des personnes interrogées ont répondu tous les jours, 17% souvent, 29% rarement et pour 46% la prière est une attitude familière et 32% des non-pratiquants assurent prier souvent, - Un sondage organisé par le périodique "Le Pèlerin" en 1986, 69% des personnes interrogées déclarent croire en Dieu, 12 % en Jésus et 24% en la Vierge Marie . Le catholicisme semble connaître en France, comme dans la plupart des pays occidentaux réputés sécularisés une mutation débouchant sur un courant de religiosité émotionnelle à forte densité communautaire qui met l'accent sur la qualité de l'expérience intérieure et sur l'implication affective du sujet . La religion pratiquée alors est celle d'un groupe volontaire qui implique de la part de l'intéressé un engagement personnel , un lien très fort entre la communauté et chacun des ses membres et qui déboucher sur des formes plus actives dans des communautés de disciples rassemblée autour d'une personnalité charismatique.

On se saurait terminer ce tableau sans évoquer les autres courants religieux qui animent la société française contemporaine.

L'Islam est la deuxième religion par ordre d'importance sur le territoire français avec 3 millions d'adeptes. Les fidèles sont majoritairement de nationalité étrangère (6 à 9% de résidents, 3% de la population française). La communauté musulmane disposait de 2100 mosquées sont dénombrées en France en 2010. En 1985, il y en avait environ 900 et 5 en 1965.. Une étude de l'INED publiée en 2011 sous la direction de Patrick Simon estime à 2,1 millions le nombre de personnes âgées de 18 à 50 ans qui se déclarent musulmanes. Le ministère de l'Intérieur chargé des cultes a indiqué en 2010 qu'il y a entre 5 et 6 millions de musulmans en France.

Aujourd’hui, on dénombre entre 1,8 et 2,4 millions de fidèles en France dont 1,1 million appartenant aux Églises de la Fédération Protestante de France (FPF) et la Fédération Évangélique de France (FEF).Les protestants représentent traditionnellement environ 2% de la population française, même si un sondage les estimait à 1.5% en 1995. Un sondage plus récent (2009) révise toutefois cette estimation traditionnelle à 3%, ce que le sociologue Jean-Paul Willaime attribue à la croissance des mouvements évangéliques. 25% des protestants français sont évangéliques, 26% sont membres des Églises réformées et 19% sont luthériens. 40% des protestants ont moins de 30 ans.

La communauté juive était estimée en 1970 à 530000 personnes. Après une longue période de stabilité, elle serait actuellement de 483500, en déclin. Le mariage mixte en est certainement une des causes les plus évidentes. Elle forme la troisième diaspora mondiale grâce à un gros apport d'origine nord-africaine.

Enfin 30000 à 40000 personnes se répartissent dans les " nouvelles sectes ".

Comment le concept de "tourisme religieux" est-il perçu par les représentants des cinq grandes religions pratiqués en France ( catholicisme, protestantisme, Islam, judaïsme et bouddhisme)? De façon simplificatrice, pour ne pas dire réductrice, on peut dire qu'il existe deux grandes tendances :

-Les religions pour lesquelles le concept de pèlerinage et de retraite fait partie intégrante de la pratique de la religion (les catholiques, les musulmans et les bouddhistes). Ces religions, et en particulier la religion catholique en France, ont mis sur pied toute une organisation pour encourager et faciliter cette pratique.

-Les religions pour lesquelles le concept de "pèlerinage" n'existe pas mais dont les adeptes pratiquent néanmoins une forme de tourisme liée à la religion , ou plutôt à l'histoire de la pratique de cette religion. Les juifs et les protestants visitent les sites qui ont marqué l'histoire de leurs coreligionnaires : lieux de mémoire qui sont en général des lieux de persécutions.
 

 

I -HISTORIQUE DES PELERINAGES

L'histoire des pèlerinages est aussi longue que celle de l'histoire des religions. Ce phénomène paraissait déjà dans les rites des religions les plus primitives ( avec une assignation des lieux saints et le culte des divinités ) .

L' Homme , du moins celui que nous percevons le mieux : l'homme de notre espèce ( homo sapiens ) a une conscience aigue du Sacré .L'expérience du sacré fait intrinsèquement partie de l'expérience humaine , elle est ancrée au plus profond de notre mémoire. Ce sens du sacré est associé à une manifestation : le rituel .Le rituel précède la croyance et lui survit . Les premiers pèlerinages surviennent probablement au Néolithique , période pour laquelle on dispose de témoignages indiscutables de déplacements de personnes pour des motifs d'ordre religieux . Ainsi parmi les monuments mégalithiques , les dolmens sont des sépultures mais aussi de véritables monuments cultuels . Dans les Alpes-Maritimes la Vallée des Merveilles et le site du Mont Bego ( Parc National du Mercantour ) évoque un vaste sanctuaire en plein air .

L'histoire des pèlerinages est aussi ancienne et longue que celles des religions et elle a été très certainement favorisée par l'existence de grandes routes commerciales (la Route de la Soie en Extrême-Orient ou la Route de l'Encens en Arabie). Le pèlerinage est aussi l'une des plus vieilles formes de migration touristique . Son fort développement actuel concerne toutes les religions . On estime le nombre annuel de pèlerins à 130 millions dont 90 millions de chrétiens ( soit 70% du total ).Les 40 millions restants se partageant entre l'islam , le bouddhisme et l'hindouisme .

 

 

Tout pèlerinage se place dans une expérience religieuse spécifique: l ' expérience du Salut . Au niveau le plus bas on attend du pèlerinage la guérison d'un mal ou l'obtention d'une faveur , au niveau le plus élevé on espère une rencontre avec la divinité ( bhakthi indienne , mystères d ' Eleusis, vision de la Gloire de Yhavé dans le temple de Jérusalem, rencontre du Christ dans l'Eucharistie , etc ... ).Il arrive souvent que l'origine d'un pèlerinage demeure inconnue . Quelques pèlerinages sont liés aux origines mêmes d'une religion , d'autres à des événements survenus bien après sa naissance ( exemples : Lourdes ( France ) et Fatima ( Portugal )).Certaines religions favorisent les pèlerinages surtout celles qui attachent une grande importance aux réunions de leurs adeptes et aux formes extérieures du culte. Presque toutes accordent une grande attention aux pèlerinages effectués pour des raisons de pénitence , de grâce spéciale , pour expier ses péchés, … La majorité des pèlerinages a toujours eu un caractère local ou régional et une minorité seulement revêt un caractère international marqué . Ces pèlerinages, et surtout les plus grands ont fréquemment provoqué des bouleversements profonds dans la structure fonctionnelle des localités concernées. Dès qu'il y a pèlerinage il y a manifestation du Sacré ce qu'un historien appelle une hiérophanie. Trois éléments interviennent dans une hiérophanie :-un objet pris dans la vie quotidienne,-la Réalité mystérieuse, invisible et transcendante, - l'objet médiateur sorti de l'usage profane et revêtu de sacralité .

Tout pèlerinage se situe dans un contexte hiérophanique. Dans tout pèlerinage l'espace sacré constitue un élément essentiel. Les pèlerins empruntent des routes parsemées d'embûches qui doivent les conduire vers des lieux sacrés où ils rencontreront le Divin .Ces lieux peuvent être des sources ou des fleuves ( rôle purificateur et régénérateur de l'eau ), des sommets de montagnes, (rencontres avec le Ciel ), des portions de territoires consacrés par la présence d'un fondateur religieux ou d'une théophanie particulière (le Mont des Oliviers ou le Mont Sinaï par exemple). Les lieux de pèlerinage ont des caractères variés selon les religions ou encore selon les superstitions locales ou tribales .

Dans le Christianisme, surtout l'église catholique romaine , la majorité des pèlerins voyage vers des sanctuaires où se trouvent des images ou des sculptures connues pour les grâces qu'elles donnent (surtout la Vierge Marie ) ou dans des lieux d'apparitions miraculeuses ou vers les tombeaux de saints personnages. Quant aux musulmans ils voyagent surtout pour voir la Kaaba ( à la Mekke ) mais aussi vers les tombeaux des saints et des martyrs ( wali : l'ami de Dieu ).Dans l'Hindouisme les pèlerins visitent surtout des lieux saints .C'est sur les lieux situés au bord des rivières et des fleuves que les pratiques religieuses ont considérées comme les plus efficaces .Les pèlerins y descendent par un escalier spécial : le ghat .

 

Le sanctuaire d'Apollon à Delphes ( Grèce )

 

L'Antiquité

Cette période connaît d'importants pèlerinages. En Égypte à certaines périodes de l'année des foules de pèlerins se dirigeaient vers les temples. Parmi eux le temple d 'Osiris à Abydos était le lieu de rassemblement de milliers de pèlerins qui y venaient par le Nil. Jusqu'à plus de 700000 pèlerins selon Hérodote .En Grèce une des plus vieilles fêtes celle d 'Olympie en l'honneur de Zeus était célébrée tous les 4 ans depuis le VIIIe siècle avant J.C. L'une des formes d'adoration les plus populaires consistait en compétitions artistiques et sportives .Cette fête liée à des jeux qui duraient 5 jours attirait des dizaines de milliers de fidèles venus de tout le monde grec. D'autres sanctuaires étaient des sites de pèlerinage connus : Delphes en l'honneur d'Apollon, Corinthe voué à Poséidon, Némée à Zeus, etc …Dans la période pré- chrétienne de nombreux israélites voyageaient vers Jérusalem à l'occasion des principales fêtes judaïques : celle des Azymes ( Mazzoth), de Pâques ( Pesach ), des tabernacles ( Sukkoth ). Les caravanes de pèlerins amenaient de 150000 à 1 million de personnes selon les sources .

La fin de la période antique voit naître et se développer les premiers pèlerinages chrétiens. Sous le règne de Constantin Ier Le Grand (306-337 ), le christianisme devint la religion dominante de l ' Empire ( Edit de Milan de 317 ). Les destination et les motivations des pèlerinages changèrent .Des visites furent organisées sur les lieux de la vie de Jésus ainsi que sur les lieux de martyr des apôtres et des confesseurs. Jusque vers la fin du IV e siècle les pèlerins voyageaient surtout en Terre Sainte . Dans la promotion du pèlerinage vers Jérusalem un rôle essentiel fut tenue par l'impératrice Hélène, la mère de Constantin , qui visita la Palestine en 326. Le point culminant de son voyage fut la découverte de la sainte Croix sur le Golgotha .


 

Jérusalem : le Mur des Lamentations , au premier plan , et le Dôme du Rocher

 

Dès cette époque l'idée du pèlerinage en Terre Sainte devint populaire dans tout l ' Empire. La voie terrestre était la plus utilisée car les voyageurs bénéficiaient d'un réseau routier équipé d'abris et d'auberges : celui destiné et emprunté par les postes impériales. Plus rares étaient les pèlerins qui choisissaient la voie de mer, plus risquée, ou le voyage combiné terre/mer . En Palestine un réseau spécial de gîtes fut construit pour les pèlerins chrétiens et le Concile de Nicée ( 325 ) recommande la construction et l'entretien d'hébergements surtout dans les monastères. "A contrario " le pèlerinage vers Rome ne se développa que lentement.

Aux Indes beaucoup de lieux saints sont attestés dès l'Antiquité .Un des plus anciens est Varanasi (l'ancienne Kas'i), lieu de pèlerinage des hindouistes puis des bouddhistes .Deux divinités y étaient vénérées. La première est sans nul doute Civa , dieu destructeur s'identifiant à la Mort et au temps mais aussi bénéfique car il présidait à la Création , à la sexualité et à la procréation. Représenté comme un ascète, le corps couvert de cendres et assis en position de yoga et adoré à travers un symbole phallique : le linga. Autre divinité génératrice de pèlerinages : Vishnu aux quatre attributs : la conque, le disque, la massue et le disque .C'est un dieu dormant représenté couché sur l'océan du Chaos .Régulièrement il émet de son nombril un lotus d'où surgit Brahman pour créer un univers nouveau. En Arabie dans la période pré - islamique La Mekke est déjà un lieu de pèlerinage important qui s'est développé autour de la source Zemzem et d'un vieux lieu de culte : la Kaaba .

LE MOYEN AGE

En Europe le Moyen-âge se traduit par une floraison de pèlerinages et la naissance de plusieurs lieux saints. Pour créer un centre de pèlerinage il fallait posséder des reliques d'un saint. La possession et l'exposition de ces reliques décidaient des revenus des protecteurs des sanctuaires et elle fut à l'origine du commerce des reliques né dans les pays méditerranéens et qui se développa rapidement vers le nord en s'épanouissant durant toute la période médiévale . Le développement des pèlerinages fut à l'origine de l'implantation d'un réseau de routes , de ponts et d'abris pour les pèlerins. Des guides ( itineris ) furent publiés à l'intention des pèlerins. L'accroissement des déplacements de personnes dans tout l'Occident chrétien intensifia les échanges de biens de culture et d'art. Des édifices monumentaux furent construits le long des routes de pèlerinage tandis que l'artisanat et les métiers artistiques connaissait un essor sans précédent . Le développement des pèlerinages joua un rôle notable dans le développement de l'art roman .

Le pèlerin est le personnage central de cette époque. Etymologiquement le terme vient du latin " peregrinus " avec pour racine "per ager" ( qui signifie : passage de frontières à partir desquels le voyageur devient un étranger dans un pays qui n'est plus le sien, mais qui peut aussi signifier " à travers champs " ). Trois éléments sont constitutifs du pèlerinage : a - le pèlerin : il chemine au physique et au moral sur une route qui n'est pas celle de tous les jours , b - la route : c'est une rupture par rapport à ce que le pèlerin vit d'ordinaire .Elle lui impose détachements et sacrifices mais elle élargit son horizon , c - le lieu saint vers lequel il se dirige et qui est le but premier .

Le pèlerin se distingue par le port d'insignes spécifiques : le bourdon (bâton de pèlerin (baculus en latin) ) et la besace (pera ou capsella: sac en bandoulière ) . Ces insignes sont reçus de l'évêque et bénis avant le départ . Cette bénédiction place le pèlerin sous la protection divine et crée un état celui de pèlerin , dont un groupe juridiquement organisé ( "ordo peregrinorum").Un véritable droit international est créé concernant la protection du pèlerin dans sa personne ( au XI e siècle Grégoire XI menace d'excommunication celui qui frapperait un pèlerin ).Le pèlerin est protégé dans ses biens .Il est exempt de tonlieux et de péages, il est protégé contre les abus des transporteurs et des hôteliers. Beaucoup de ces pèlerins cheminaient à pied à cause de leur pauvreté ou pour se mortifier .Beaucoup aussi se groupaient (en suites pour les seigneurs et selon des liens de voisinage pour les gens du peuple) essentiellement pour des raisons de sécurité. La prière , instant privilégié de la peregrinatio se place dans un cadre ritualisé avec parfois des veillées ( nuit du samedi au dimanche ) et des attitudes de prière spécifiques (prosternation , attitude de l'orant : les yeux et les mains baissés vers le sol et à genoux et les mains jointes à partir du XIIIe siècle ).

Dans l'Occident chrétien le culte des saints semble l'emporter sur toutes les autres formes de piété. Son volet le plus prisé est celui du culte des reliques car pour des laïcs illettrés l'accès au trésor de l'Écriture demeure fermé , les richesses de la liturgie sont culturellement peu accessibles, l'ascétisme monastique demeure un idéal difficile à atteindre et la portée et le sens de la messe sont mal compris. Les saints offrent des modèles proches, un secours immédiat contre le Mal et une intercession puissante pour le salut de l'âme du pauvre pécheur.

Tous considèrent que les reliques conservent la puissance miraculeuse dont le saint dispose et le pouvoir d'agir sur Dieu. Cette toute-puissance des reliques prit des proportions considérables et suscité des pratiques assez éloignées de la dévotion désintéressée. Le caractère surprenant de certaines de ces reliques ne doit pas choquer. La Foi en ce domaine touche à la crédulité et elle est sans bornes en un temps où les explications rationnelles n'ont pas cours .Parmi ces reliques les plus célèbres sont celles attribuées au Christ (sauf la relique majeure : le corps disparu avec l'Ascension ! ) : vêtements, objets familiers , fragments des lieux où le Christ a vécu ( bouts de la croix, liens et clous du Calvaire, pierre du sépulcre, suaire, …) .Le culte des reliques est un culte populaire qui s'impose à tous: il fait courir les foules et intéresse les princes .Les corps des saints passent pour renfermer des vertus extraordinaires (posséder une relique c'est maîtriser à son profit la puissance du saint , " les reliques renferment une vertu , une grâce. Elles apportent la santé partout où elles se trouvent en Orient comme en Occident ") L'essentiel pour le pèlerin est de s'approcher le plus près possible des reliques et d'entrer en contact matériel avec elles. Les cérémonies d'élévation ou de translation leur en offrent souvent l'occasion. Les translations de corps saints donnent lieu à de vastes mouvements de foules, les fidèles espèrent le fait prodigieux, hors du cours normal des choses qui leur rendra la santé . Le miracle passe pour un signe de Dieu qui prouve la réalité de la Révélation. Le pèlerin cherche aussi à obtenir des reliques représentatives c'est à dire des objets ou des liquides ayant touché les reliques ( grattage du tombeau pour en retirer la poussière ou dépôt sur la tombe d'objets divers (pain , vin , etc.. ).Un pèlerinage induit aussi des offrandes d'ex-voto . C'est la condition du " donnant - donnant ", le fidèle promet de donner au saint s'il est exaucé ( ex-voto : qui provient d'un vœu ( c'est à dire d'un don ) ). L'offrande peut avoir lieu avant ou après le miracle .La valeur de l'ex-voto est variable ( piécettes , produits agricoles , vaisselles d'or , nappes d'autel, etc… ) et souvent symbolique ( le cierge votif qui représente la personne implorant le saint ).


 

Vézelay

 

En Europe trois centres de pèlerinage dominent : Rome, la Terre Sainte et Saint Jacques de Compostelle .

Le mouvement de pèlerins est assez faible vers Rome jusque vers le VIIIe siècle .Parmi les pèlerins on trouve des souverains de certains pays mais aussi des gens aisés et des pauvres. La majorité venait de France, d'Allemagne , d'Angleterre et de Scandinavie .Les flux de pèlerins s'intensifièrent après la proclamation de l'Année sainte ( " Anno Sancto ") par le pape Boniface VIII en 1300.Lors de la première année Sainte 2 millions de pèlerins vinrent à Rome dans les décennies qui suivirent la fréquentation annuelle du sanctuaire se stabilisa aux environs de 30000-50000 pèlerins .

Au début du Moyen Age les pèlerins pour la Terre Sainte étaient peu nombreux .La majorité venait au moment des fêtes de Pâques. A l'époque byzantine (395-636) le pèlerinage de l'impératrice Eudoxie en 438 contribua à la construction de plusieurs sanctuaires à Jérusalem et à la reconstruction de la ville .Après la courte période de domination du pays par les Perses ( 614-628 ) , hostile aux chrétiens , la région passa sous le contrôle des arabes jusqu' en 1070. Ces derniers pratiquèrent une politique de tolérance religieuse (sauf durant la période 1009-1020) et favorisèrent l'essor des pèlerinages chrétiens vers Jérusalem.

En 1070 fut créé l'ordre des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem (les Hospitaliers) dont le but était la protection des pèlerins et des malades .Les chrétiens obtinrent le droit de posséder à Jérusalem un quartier autour de la basilique du Saint Sépulcre .La situation en Palestine s'aggrava avec l'invasion des turcs seldjoukides en 1070-1090 qui persécutèrent les chrétiens .Le pèlerinage devint une entreprise dangereuse et les pèlerins formèrent des groupes armés qui livraient souvent de sanglantes batailles contre les turcs .L'occupation turque de la terre Sainte et la généralisation des persécutions contre les chrétiens furent à l'origine de l'organisation des Croisades dès 1095.Ces dernières furent considérées comme un type spécial de pèlerinage : un pèlerinage guerrier ainsi qu'un pèlerinage collectif ( tous les participants ayant les mêmes droits ). En 1118fut créé l'ordre du temple ( les templiers ) qui se fixait une double vocation : la protection des pèlerins et la lutte contre les incroyants . Au terme de la Troisième Croisade ( 1189-1192 ) un arrangement fut conclu entre les occidentaux et le sultan Saladin permettant l'accès des pèlerins à Jérusalem, Bethléem , Nazareth et les autres lieux saints de la Chrétienté .A partir de cette date on note une alternance de périodes de tolérance et de périodes de persécutions d'où des flux irréguliers de pèlerins vers la Terre Sainte .

Le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle en Galicie espagnole est liée au développement du culte de Saint - Jacques - Le Majeur , apôtre qui aurait propagé le christianisme en Espagne entre 33 et 43.Après sa mort en Palestine en 44 son corps aurait été transporté en Galicie où son tombeau fut miraculeusement retrouvé en 824 ou 835 près de la ville de Iris Flavia par l'évêque Théodomir.La première allusion à cette découverte est le martyrologue de Florus de Lyon ( 806-838 ). L'explication semble résider dans une erreur de retranscription imputable à un clerc du Haut- Moyen Age .Des textes apocryphes indiquent en effet que Saint- Jacques fut enseveli en Achaie : " in Achaia Marmarica " , déformé en " in arca marmorica " ( dans un tombeau de marbre ) par un retranscripteur peu scrupuleux ou ignorant .Les reliques du saint furent enterrées en un lieu appellé Liberum Donum sur lequel naquit un village : " Campus Apostoli " ou " Campus Stellae " . A cette époque et depuis 711 l'Espagne se trouvait sous la domination des arabes. Ces derniers contrôlaient au VIIIe siècle tout le pays sauf les Asturies , le Léon et la Navarre. A la bataille de Clavijo en 844 les chrétiens remportent une victoire en invoquant leur patron , Saint Jacques ( San Jago fut l'invocation créée durant la bataille ).Les pèlerinages vers le tombeau de Saint Jacques commencèrent au IX e siècle et un maximum d'affluence vers le sanctuaire est noté entre les XII-XIVe siècles. Au XIIe siècle un acte papal déclara le site comme un des trois plus importants lieux saints pour les chrétiens avec Jérusalem et Rome. Saint Jacques de Compostelle recevait alors près de 500 000 pèlerins par an ce qui lui valut le surnom de " Mekke du christianisme ". Plusieurs routes convergeaient vers le sanctuaire y amenant des pèlerins venus de France mais aussi d'Allemagne , d'Italie , des Pays-Bas et d'Angleterre ( la route de Saint Jacques : " Magnum Iter Sancti Jacobi " résultant de la confluence de quatre voies : la via turonensis qui partait de Tours , la via lemovicensis qui partait du Limousin , la via podensis qui partait du Puy-en-Velay , la via tolosana qui partait de Toulouse ). Au bord des routes se développèrent des services pour les pèlerins ( gîtes ( " hostales " ou " fondes ") , comptoirs de change , magasins , etc…) . En 1161 l'ordre chevaleresque de Saint Jacques de l'Epée fut fondé pour la protection des pèlerins .Les effectifs du pèlerinage amorcent une décrue lente mais continue à partir du XIVe siècle.

D'autres centres de pèlerinage se développèrent dans l'Europe médiévale : en Italie ( Assise, Padoue, Lorette, …), en France ( Le Mont Saint-Michel, Le Puy-en-Velay, Rocamadour , …), en Suisse ( Einsiedeln) , en Pologne ( Gniezno et à partir du XIV e siècle : la Jasna Gora à Czestochowa ) . Durant la période médiévale le Mont Saint Michel est un des sites de pèlerinage les plus visités . Ses origines sont obscures .Sur le Mont Dol voisin du Mont Tombe (le futur Mont Saint Michel ) existait un temple dédié à Mithra durant la période gallo-romaine .En 708 l'archange Michel apparaît à l'évêque d'Avranches Aubert et lui ordonne de bâtir un sanctuaire au sommet du Mont Tombe . L'église est consacrée en 708. A partir du X e siècle les donations pieuses se multiplient et une magnifique abbaye est construite au sommet de l'éminence naturelle .Des pèlerins illustres viennent se recueillir dans ce sanctuaire ( Henri II d'Angleterre en 1158 et 1166, Saint Louis en 1256 , Philippe Le Bel et Philippe V Le Long , etc… ). Le Mont a aussi son réseau de routes de pèlerinages ( les " chemins du paradis " ) jalonnées d'établissements religieux et charitables) . Un autre site de pèlerinage très célèbre est Notre Dame de Rocamadour vers la fin du XIIe siècle. La première mention de ce site se retrouve dans des documents datés de la fin XIe/ début XIIe siècle. Le pèlerinage n'a qu'une audience limitée lorsque les moines de Tulle reprennent l'abbaye et l'embellissent en 1113-1123. La date clé est 1166 .On découvre le corps d'un ermite inconnu enseveli dans le roc près de la chapelle .On y voit la dépouille de Amadour ,serviteur de la Vierge Marie et passé en gaule après l'Assomption. De grands chemins de pèlerinage se mettent en place qui convergent vers Rocamadour .Le plus connu est la voie mariale Le Puy- Rocamadour jalonné d'églises dédiées à la Vierge ( Saint-Flour , Aurillac , etc…).

En dehors de l'Europe on note la continuation des pèlerinages hindouistes et bouddhistes en Inde et en Asie du Sud - Est. Entre les IXe et XIIe siècles la tradition des pèlerinages bouddhistes se propagea de l'Inde vers la Chine et le Japon .En Arabie au VIIe siècle la position de La Mekke est confortée car la ville est reconnue par les musulmans comme le point central du Monde. Son essor se produit surtout entre le VIIIe et le Xe siècle et il est renforcé par le rôle de plaque tournante des pistes caravanières que remplit la ville ( convergence vers La Mekke des routes de caravanes du Yémen (avant le XIIIe siècle ) , de l'Egypte et de la Syrie ( à partir du XIIIe siècle).

LES TEMPS MODERNES ET L'ÉPOQUE CONTEMPORAINE

Cette période se caractérise par un relatif déclin des grands pèlerinages internationaux. Ceux de Rome et de Terre sainte subsistent mais seulement pour les " années saintes ". Leurs dimensions sont plus petites . De manière générale on note en Europe une diminution du nombre des pèlerins. Ainsi à Saint Jacques de Compostelle les pèlerins ne sont plus que 30000 par an au milieu du XIXe siècle. Les causes de ce changement sont nombreuses : le Siècle des Lumières mais aussi la présence de lieux saints d'audience locale ou régionale dans de nombreux pays.

Rares sont les lieux de pèlerinage qui parviennent à conserver une dimension internationale, ce sont surtout des localités liées au culte de la Vierge Marie après le Concile de Trente ( 1545 -1563 ). Au milieu du XVIIe siècle on compte 1200 lieux de pèlerinages mariaux en Europe dont 330 en Italie, 300 en Allemagne, 200 dans la péninsule ibérique et 70 en France . 

Ces effectifs enregistrent une baise significative au milieu du XVIIIe siècle où on ne compte plus que 100 localités mariales en Italie, 100 en Allemagne, 80 en France, 50 en Espagne et 25 en Pologne. Beaucoup de ces centres sont maintenant oubliés.

Le XIXe siècle voit s'effectuer une spectaculaire renaissance des pèlerinages mariaux . Passé la tourmente révolutionnaire et la chute de l'Empereur, une paix durable semble s'installer en Europe . Ce réveil se place aussi dans le contexte historique de l'ultramontanisme triomphant qui marque l'avènement du pape Pie IX en 1846. Cette doctrine redécouvre le rôle central et moteur de la papauté et elle est à l'origine d'un vif réveil de la piété grâce à la popularité des œuvres de saint Alphonse de Liguori, grand apôtre du culte marial au XVIII e siècle .En France de nombreux ordres religieux se reconstituent durant cette période ( dominicains, jésuites, capuçins, rédemptoristes, etc … ) .Ils contribuent à relancer les grands pèlerinages régionaux comme celui de Notre - Dame des Lumières à Goult dans le Lubéron qui renaît grâce aux Oblats de Marie Immaculée en 1837-1840. A l'imitation de Goult de nombreux pèlerinages locaux renaissent sur tout le territoire ainsi en Bretagne où les innombrables pardons reprennent vie, les préfets ayant autorisé les processions dès 1801.Le plus connu est celui de Sainte - Anne - d' Auray. Dès 1815 des pèlerinages rassemblant jusqu'à 40 paroisses y ont lieu chaque été . En 1818 le site accueille 40000 pèlerins . Parmi les autres circonstances favorables il faut noter le développement du rail à partir de 1848 ainsi que la faveur des gouvernements ( liberté laissée à la Presse , participation d'officiels aux processions , etc…).

L'affaire de Notre Dame de La Salette va renforcer la dominante mariale des pèlerinages . Le 19 septembre 1846 la Vierge Marie apparaît à deux jeunes bergers : Mélanie Calvat et Maxime Giraud à La Salette dans les Alpes ( Isère ).La Vierge , en larmes , annonce le châtiment de plusieurs nations et confie des secrets aux deux jeunes voyants. De violentes polémiques s'engagent sur la réalité de ces apparitions .Le 19 septembre 1851 l'évêque de Grenoble De Bruillard déclare l'apparition authentique et il bénit le 25 mai 1852 la première pierre de la basilique. Dès 1853 plus de 50 000 pèlerins se pressent à La Salette qui devient un des premiers centres nationaux de pèlerinage dans la France de la première moitié du XIXe siècle. Sa popularité est telle que des " pèlerinages - satellites " s'installent dans le pays ( en 1876 une dizaine de pèlerinages dédiés à "la Vierge qui pleure" existent dans toute la région ) .
 

Basilique de Lourdes (France)

 

A Lourdes entre le 11 février et le 4 mars 1858 Bernadette Soubirous s'entretient en 18 occasions avec la Vierge. L'évêque de Tarbes conclue à la réalité des apparitions et Lourdes devient un lieu de prières collectives et de pèlerinages .Ces mouvements de foule répondent aux vœux de marie qui ,aurait déclaré le 2 mars 1858 à Bernadette : "Allez dire aux prêtres qu'on vienne en procession et qu'on y construise une chapelle". Un pèlerinage " en ordre dispersé " existe dès le début des phénomènes d'apparition mais le coup d'envoi officiel en est donné le 4 avril 1864 par une procession organisée vers la grotte de Massabielle .

L'évènement est marqué par la bénédiction de la statue de Notre-Dame de Lourdes due au sculpteur Fabisch . 20000 personnes assistent à la cérémonie dont beaucoup sont originaires du Bigorre ainsi que quelques anglais résidants dans les stations climatiques et thermales voisines. Le 9 avril 1866 la ligne Tarbes Lourdes est mise en service. Le désenclavement de Lourdes consécutif à cet événement jouera un rôle majeur dans l'internationalisation progressive du pèlerinage. 40000 pèlerins arrivent à Lourdes en mai dont 3700 sont venus par le rail et une première messe est célébrée dans la Grotte. En 1867 12 trains spéciaux d'au moins 1000 pèlerins chacun s'y arrêtent . 70 à 80 caisses d'eau en partent chaque jour .Les premières guérisons sont en effet survenus dont celle de Françoise Pailhès , une ouvrière de Maquens, un petit village de l'Aude. En 1869-1870 le pèlerinage s'intensifie : des pèlerins de Toulouse et Montauban viennent à Lourdes en 1869 , de Lyon , de Nantes , de Paris et de la Belgique en 1870.

La période 1846-1890 est appelée le " Temps des Madones " par les spécialistes de l'histoire religieuse contemporaine . La dévotion à la Vierge Marie y connaît en effet une flambée spectaculaire : en France 592 grands sanctuaires régionaux sont voués à la Vierge , 12 diocèses en comptent 10 et plus dont 18 à Quimper , 15 à Saint-Brieuc et 14 à Vannes . Ce courant s'intensifie au delà des années 1870. En 1872 178 trains spéciaux amènent à Lourdes 119000 personnes tandis qu'un rituel approprié se met en place (la procession des bannières : 252 bannières représentant les provinces de France , celle d'Alsace -Lorraine étant voilée d'un crête (!!)). En 1873 Lourdes reçoit 213 trains spéciaux soit 140 000 pèlerins venant de 47 diocèses de France .La même année le Conseil Général des Pèlerinages édite un organe hebdomadaire , "Le Pèlerin" .C'est une feuille très pieuse et très populaire donnant des avis sur les pèlerinages. Cette pratique des pèlerinages mariaux va demeurer très vivace jusqu'en 1914.

Après un faible développement des pèlerinages durant la période 1945-1970 on observa une nouvelle période de croissance surtout dans le Monde chrétien et une augmentation notable de la fréquentation des grands sanctuaires . Au XXe siècle les sites de pèlerinages les plus importants sont Le Vatican , Lourdes , Czestochowa (Jasna Gora) et Fatima en Europe , Guadalupe au Mexique pour l'Amérique du Nord et Lujan en Argentine pour l'Amérique du Sud et Goa ( Inde ) en Asie . Un développement rapide de ces pèlerinages s'est réalisé sous le pontificat de Jean-Paul II .

Aujourd'hui en Europe on trouve d'abord : a-des sanctuaires qui reçoivent annuellement plusieurs centaines de pèlerins (Notre- Dame de Garaison (Tarbes) , Notre- Dame de Bethléem ( Toulouse), Notre- Dame de La Route (Orléans) , Notre- Dame des Miracles ( Saint-Omer ), etc…Leur rayonnement est essentiellement local. b- Une deuxième catégorie peut regrouper les sanctuaires qui accueillent plusieurs dizaines de milliers de personnes : Notre- Dame de Piétat ( Tarbes ) , Notre- Dame du Chêne (Le Mans), Notre- Dame du Suc (Montpellier ), etc … S'ajoutent aussi les sanctuaires du diocèse de Quimper où se tiennent les grands pardons (Le Folgoet , Sainte Anne La Palud, Notre- Dame de Rumengol ) , le pèlerinage de La Troménie et en Provence la Sainte- Baume près de Saint- Maximin et les Sainte-Marie de La Mer ( pèlerinage des gitans , le 24 mai ).c - Viennent enfin les centres où se succèdent des centaines de milliers de pèlerins venus de France et souvent du Monde entier : Notre- Dame de La Salette ( 150000 ), Notre- Dame du Bon remède à l'abbaye du Frogolet près de Tarascon ( 300000 ), Paray Le Monial ( 700000 ) , Notre-Dame de Rocamadour ( 1 million ) , Le Mont Saint-Michel ( plus de 1 million au pied du Mont et 1 million dans l'église paroissiale ) , Notre -Dame de Chartres ( 1 million ) , Notre- Dame du Puy ( 600 000), Sainte- Anne d'Auray ( 900 000 visiteurs dont 500 000 pèlerins) , etc… ( Ces sites doivent être connus et pouvoir être situés sur un fond de carte muet de la France , N.D.A )

 On peut inclure aussi dans cette catégorie des pèlerinages plus strictement urbains comme Notre- Dame de Fourvière à Lyon ( 700000 ) et Notre- Dame de La Garde à Marseille (800000) , la chapelle de la médaille miraculeuse , rue du bas à paris ( 2700 pèlerins par jour en moyenne , 1 million par an) ou la basilique du Sacré-Cœur à Montmartre (3 millions de visiteurs par an).


 

Basilique de Czestochowa ( Pologne )
 

Les autres pays d'Europe sont parsemés de sanctuaires dont on doit retenir les plus fréquentés. En Pologne le lieu de pèlerinage le plus fréquenté est la Jasna - Gora (" la claire montagne" ) au sanctuaire de Czestochewa . Ce site incarne depuis le XV e siècle l'indépendance de la Pologne. Il abrite une icône de la Vierge Noire , probablement du XIV e- XV e siècles mais que la tradition veut beaucoup plus ancienne . Les pèlerins les plus illustres y sont venus se recueillir : le futur Pie IX , Achille Ratti, alors nonce de Varsovie , le futur Jean XXII, Guiseppe Roncalli , Paul VI et Jean-Paul II ( pour le 600 e anniversaire de l'arrivée en Pologne de la sainte Icône le 26 août 1982 ).

Dans la péninsule ibérique le XIX e siècle avait vu un déclin du pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle d'autant qu ' historiens et archéologiques étaient réservés sinon réticents sur l'authenticité du tombeau de Saint Jacques . A la fin du XIX e siècle à l'occasion de travaux de restauration entrepris dans la basilique on découvrir une tombe avec les ossements de trois squelettes masculins (janvier 1879).En 1884 un bref pontifical du pape Léon XIII reconnut l'authenticité des reliques .Des recherches plus récentes ( 1955 -1960 ) ont mis au jour le tombeau de l'évêque Théodomir, l'inventeur des reliques de Saint Jacques au IXe siècle


 

La cathédrale  de Saint Jacques de Compostelle ( Espagne )
 

 

L'ensemble de ces données a permis une réhabilitation du sanctuaire et un nouvel essor du pèlerinage. La route des pèlerins du Moyen- Age semble avoir retrouvé son attrait sur des gens extrêmement divers, de toutes confessions et nationalités et depuis 1976 on assiste à une recrudescence des pèlerinages pédestres et cavaliers. Les statistiques concernant les " Années Saintes " de Saint Jacques sont révélatrices : 1965 : 4,5 millions/1971 : 5,4 millions/1976 : 6 millions. La majeure partie de ces pèlerins sont espagnols mais on compte aussi 1 million de pèlerins étrangers dont des français, des portugais, des allemands , des italiens , etc…

Au Portugal l'ensemble des pèlerinages est éclipsé par celui de Fatima depuis 1917. Le sanctuaire marial de la Combe d'Iria où la Vierge Marie apparut à trois petits bergers et leur délivra un message de pénitence connaît depuis 1920 une affluence considérable . Les pèlerinages successifs de Paul VI et Jean-Paul II ont renforcé l'audience internationale du site. Avec plus de 2 millions de pèlerins par an Fatima se classe parmi les plus grands pèlerinages du Monde.

 

Basilique de Fatima ( Portugal )

 

En Italie Rome attire le plus grand nombre de pèlerins. Un autre grand centre de pèlerinage est Assise où plus de 600 000 personnes viennent chaque année se recueillir sur les tombeaux de Saint François et de Sainte Claire. A Lorette les pèlerins viennent visiter la Santa Casa. On peut aussi citer Sainte Catherine à Sienne, Saint Antoine à Padoue, Sainte Rita à Cascia en Ombrie. A Naples les visiteurs affluent lors des ostensions de Saint Janvier, le 19 septembre et le samedi précédant le dimanche de mai, dans l'espoir d'assister au miracle de la liquéfaction du sang du martyr contenu dans deux ampoules hermétiquement closes .

Hors des frontières de l'Europe quelques pèlerinages chrétiens doivent retenir l'attention . Le plus connu est celui de Notre-Dame de Guadalupe à Mexico. La Vierge Marie y serait apparue à un indien, Juan Diego , en décembre 1531 sur la colline de Tepeyac, sous les traits d'une femme métisse en attente d'un enfant . L'indigène avertit aussitôt l'évêque Zumarraga du désir de la Vierge marie de voir édifié un sanctuaire sur la colline. L'évêque fut convaincu du message en apercevant la figure de la Vierge Marie imprimée grandeur nature sur le manteau de l'indien. Ce manteau est encore conservé dans la basilique. Aujourd'hui on estime à plus de 10 millions le nombre annuel de pèlerins qui afflue vers le sanctuaire. En Colombie un pèlerinage a commencé à la fin du XVI e siècle : El Senor de los Milagros ( "le Christ des Miracles " ) au milieu de la ville de Buga dans la vallée Del Cauca au cœur de la Cordillère Centrale . Vers la basilique actuelle achevée en 1907, le renom des guérisons miraculeuses attire plus de 800 000 pèlerins par an .

Parmi les pèlerinages non-chrétiens celui de la Mekke ( "hajj " ) offre toujours le même attrait . Ce pèlerinage provoque aussi une des plus importantes migrations touristiques du Monde par ses dimensions et par son caractère stable. Dans le courant des siècles des millions de musulmans sont venus en pèlerins à la Ville Sainte arrivant de tous les pays d'Islam. En Afrique le voyage vers La Mekke et son retour duraient très longtemps, parfois jusqu'à 8 ans. Le musulman d'Afrique Centrale, le participant de "hajj", voyageait communément de 1 à 3 ans, celui d'Afrique Occidentale jusqu'à 7-8 ans. Il y avait toujours de dizaines de milliers de pèlerins sur les routes vers La Mekke . La Mekke est visitée aujourd'hui par plus de 800 000 pèlerins étrangers et par 1 million d'habitants de l'Arabie saoudite.


 

La Mekke ( Arabie Saoudite )

 

Dans l'Islam les pèlerinages vers les tombeaux des saints sont aussi très populaires Quelques uns d'entre eux répétées plusieurs fois sont considérés comme l'équivalent d'un pèlerinage à La Mekke et ont un rayonnement qui dépasse leur région.

Mais la majorité de ces pèlerinages a un caractère régional ou local et ils sont généralement limités aux fidèles d'une secte particulière de l'Islam, comme c'est le cas pour les pèlerinages vers les lieux saints des Chiites .Ces pèlerinages locaux sont les plus fréquentés dans les pays d'Islam où la majorité de la population n'a pas les moyens financiers d'effectuer le pèlerinage à La Mekke . Les "voyages saints " sont alors limités aux "ziyarah ".Cette situation est typique de l'Afrique et le Maroc est un exemple de pays où sont très nombreux les pèlerinages vers les " marabouts " . Des pèlerinages du même type mais à une échelle moindre, existent aussi en Indonésie , surtout à Java et Sumatra ainsi qu'en Inde .


 

Bénarès ( Inde ) . Bain rituel dans le Gange

 

Dans l'hindouisme les pèlerins vont vers des lieux saints ( "thirthas" ) et les pèlerinages sont une des formes de la vie religieuse parmi les plus pratiquées par les habitants de l'Inde. Les " thirthas " sont situés sur les rivières saintes ( Gange, Sindhu, Saravasti, Yamuna , Narmada, Godavari, Kaveri) .Dans la majorité des lieux saints la divinité principale est Civa ( 53 localités sur 142 ) ou Vishnu ( 43 ). L'Inde est sillonnée par 12 grandes routes de pèlerinages traversant tout le pays .

Les principaux centres de pèlerinages sont les "Sept Villes" (Saptapuri, Varanasi, Ayodhya, Mathûra, Harvar, Kanci, Ujjain, Dvârakâ). Celle de Varanasi est la plus importante avec ses 1500 temples hindouistes , bouddhistes et islamiques qui reçoivent 2 à 3 millions de pèlerins chaque année .Le nombre annuel des pèlerins à Hardvar se monte à 2 millions environ .Un centre important de pèlerinage est aussi Allahabad , visité par 1 million de pèlerins en période normale mais pendant la grande fête du Kumbh-Mêla célébrée tous les 12 ans la fréquentation peut atteindre 10 millions de pèlerins ( chiffres de 1977 ).

Dans le bouddhisme les pèlerinages se font vers les localités liées à la vie et à l'activité du Bouddha.Ce sont : Lumbini (aujourd'hui Rummindei près de Kapilavastu ), le lieu de sa naissance ; Bodh-Gaya près de Gaya le lieu de l' " illumination "; Sarnath près de Varanasi , le lieu de son premier sermon ; Kuçingara au nord de Varanasi le lieu de sa mort. Parmi les autres lieux saints du bouddhisme il faut citer : Kandi ( Sri-Lanka ) où l'on conserve la fameuse dent du Bouddha , le Népal , le Tibet (Lhassa ) et plus de 110 sanctuaires au Japon dans l'île de Shikoku et dans les provinces occidentales ( Saikoku ).

A l'échelle mondiale et pour l'ensemble des grandes religions on distingue 4 grands sites de pèlerinages : 1-les grands centres spécialisés, villes-sanctuaires, cités de temples avec un rayonnement le plus souvent international et une fonction religieuse de pèlerinage spécialisé qui constitue la fonction socio-économique dominante (Lourdes, Fatima, La Mekke, Varanasi , etc… ) . Souvent toute l'infrastructure sociale de ces localités est en relation avec les services destinés aux pèlerins, alors ces lieux sont souvent aussi appelés "villes-hôtels " (ex. Lourdes avec 18 000 habitants, 420 hôtels avec 18000 chambres et 30000 lits, 15000 villas à louer ). 2- les grands centres de pèlerinage toujours de rayonnement international et o la fonction religieuse est au moins équivalente aux autres qu'il s'agisse de l'administration ou de l'industrie ( ex. : Czestochowa, Le Puy-en-Velay, Mariazell, Mont- Saint - Michel , etc … ). 3- Les centres de pèlerinage avec des zones d'influence le plus souvent nationale et où la fonction religieuse de pèlerinage constitue une fonction parmi d'autres. 4- Les petits centres de pèlerinage dont le rayonnement est d'ordinaire régional ou local et dont la fonction religieuse de pèlerinage est secondaire ou complémentaire. Quelques unes d'entre eux peuvent avoir un caractère saisonnier, surtout en Afrique et en Amérique du Sud.

 

II - LE TOURISME RELIGIEUX EN FRANCE AUJOURD'HUI

Pour les acteurs de l'industrie touristique le tourisme religieux est une nouvelle dénomination des "pèlerinages" puisque ceux-ci entraînent des flux économiques au même titre que le tourisme balnéaire , le tourisme d'affaires ou le tourisme thermal. Pour d'autres la religion ne peut être tourisme puisqu'il s'agit d'un engagement religieux et non d'un voyeurisme tel celui des premiers touristes aristocrates anglais effectuant le "Grand Tour". Pour certains auteurs tourisme et pèlerinage sont deux conceptions opposées du Monde : " le pèlerinage est un chemin vers le Moi profond, vers quelque chose , vers quelque lieu,vers quelqu'un qui nous aide à retrouver le sens de notre expérience vitale, à en retrouver le sens (…) Pour qu'une visite puisse être considérée comme pèlerinage, il faut qu'elle soit faite dans une intention dévotieuse. Une simple halte de curiosité , une excursion touristique n'y suffisent point. Le pèlerinage requiert une volonté de vénération qui est la marque essentielle de l'effusion spirituelle (…) " ( ROUSSEL , 1992 )

Différent le tourisme est une évasion hors de soi , c'est une chemin à la recherche du pittoresque , du curieux , des moyens de se distraire et qui par définition n'a rien de décisif à annoncer et rien de vraiment important à enseigner. L'image du touriste est liée aux notions de banalité , de frivolité , de consommation tandis que celle du pèlerin est liée à celle de sérieux et d'engagement. Cette dichotomie tranchée et définitive a cependant suscité chez les chercheurs de multiples réserves ainsi pour Mac Cannel : " Le touriste est le pèlerin qui doit voir les lieux où s'incarnent les puissances extraordinaires en lesquelles il croit; S'il va en Europe il doit voir Paris ,et s'il voit Paris il doit voir Notre- Dame, la Tour Eiffel et le Louvre; Ces mêmes attraction sont rituelles dans la mesure où elles sont basées sur des formules ou des modèles qui transportent les individus en dehors d'eux-mêmes et de la vie quotidienne subjective " Mac Cannel définit la continuité des rôles du pèlerin et du touriste en introduisant le concept d'authenticité entendu comme l'équivalent moderne de l'expérience traditionnelle du Sacré.

De multiples travaux ont tenté d'établir une typologie des conceptions se rapportant au tourisme religieux . M. BAUER (1993 ) distingue : a - le pèlerin qui se situe totalement en dehors du tourisme .Pour lui " le pèlerinage n'est pas une excursion touristique , mais une retraite spirituelle qui demande un sacrifice et des motivations profondément religieuses " (J.PACH, 1992).Il s'agit dans ce cas d'une expérience religieuse purement transcendantale qui n'a plus rien à faire avec les loisirs ou avec la jouissance de l'oeuvre d'art . Ce comportement , très éloigné du tourisme, relève du domaine originel du pèlerinage et il y a certainement un abus de langage à parler dans ce cas précis de tourisme religieux. B- Le religieux traditionaliste et prosélyte .Il accompagne le touriste, explique et fournit des informations et préside éventuellement aux célébrations liturgiques. Ce religieux peut intervenir pour prendre en charge un individu isolé ou sa famille ou il peut accompagné un groupe de croyants dans ses visites. Dans ce cas " Le tourisme religieux est un moment d'évangélisation .La nature, l'histoire, l'architecture, les fêtes et les célébrations, les thèmes et les moyens premiers du tourisme religieux doivent toujours et de toute façon devenir un véhicule de Foi , de catéchèse, de prière et de remerciement au Seigneur , un moyen d'apostolat et de rencontre de la communauté chrétienne " Nous sommes ici dans une vision unidimensionnelle et totalitaire de la vie sociale donnant le monopole de la parole aux religieux au sein d'un espace religieux et interdisant toute expression laïque dans un " temple " C-Le religieux libéral et témoin de sa foi. Cette catégorie est bien résumée par les objectifs que s'assignent le groupe Ars et Fides : "aider le visiteur à recueillir la signification profonde d'un édifice religieux et ceci dans toutes les dimensions qu'il présentera : non seulement la dimension historique ou artistique , mis aussi religieuse . Le monument devient ainsi pour le visiteur le premier témoignage d'une église vivante " ( D. WALTER , Ars et Fides , 1992 ).Cet objectif traduit un témoignage de foi teinté d'un " prosélytisme doux " dont l'objectif est de rapprocher deux mondes éloignés l'un de l'autre : les touristes et les chrétiens qui se retrouvent à prier dans une église ." Transformer le touriste en visiteur , c'est à dire une personne dotée d'un minimum d'approfondissement culturel, d'attention respectueuse et de jouissance spirituelle (…) rendre la vitalité religieuse et l'importance spirituelle aux cathédrales réduites à des temps de l'art inexpressifs et laïques , vidés de tout contenu lié à la Foi, aujourd'hui simples lieux de visites et d'attroupements pour des foules de touristes " ( B. BRIVIO , 1990 ).

D- Le professionnel du tourisme .Il propose de rajouter d'autres motivations à celles purement religieuses du pèlerinage . "Les exigences changent . Le pèlerin porte un intérêt croissant à d'autres contenus .Beaucoup de gens veulent visiter aussi des curiosités traditionnelles .Le développement se fera plus en direction des voyages d'études avec un point fort dans le domaine religieux " ( O. SCHNEIDER , 1992 ) .Très nombreux sont les chercheurs qui insistent sur l'aspect économique du tourisme religieux ( emplois , flux monétaires , constructions , alimentation , etc…).E- L'apôtre de la culture, de l'art ou de l'ethnologie qui considère les cathédrales et autres lieux de culte comme des temples de l'art c'est à dire comme des musées . " Ce n'est pas leur destination originelle qui confère à ces œuvres la signification des monuments, c'est nous sujets modernes qui la leur attribuons (…) Un crucifix roman n'était pas d'abord une sculpture , la madone de Cimabue n'était pas d'abord un tableau , même la Pallas Athénée de Phidias n'était pas d'abord une statue ( les musées ) ont imposé une relation nouvelle avec l'oeuvre d'art .Ils ont contribué à délivrer de leurs fonctions les œuvres d'art qu'ils réunissaient à métamorphoser en tableaux jusqu'aux portraits " (A .MALRAUX , 1957 ).

 A- LE TOURISME RELIGIEUX ET L'ÉGLISE CATHOLIQUE

L'église catholique en France est dans une situation de post- chrétienté .Son visage se transforme .On assiste à l'effondrement de pas entiers des activités traditionnelles de l'église tandis que d'autres naissent ou se développent. Ainsi les rassemblements qui se sont multipliés ces dernières années. Les jeunes en particulier ressentent le besoin de se retrouver .En août 1991 à Czestochowa en Pologne plus de 1 million de jeunes venus de toute l'Europe se sont retrouvés pour une fête de la jeunesse autour de Jean-Paul II. Depuis une vingtaine d'années on assiste également à une demande spirituelle plus directe qui se traduit en particulier dans le mouvement appelé " Renouveau Charismatique " .De nombreux groupes de prière ( 1755 en 1993 ) sont nés et manifestent leurs prières et leur foi de façon plus directe et plus claire que jadis.

Dans chaque diocèse existe une direction diocésaine des pèlerinages qui propose pour les membres du diocèse des pèlerinages .ces pèlerinages se veulent un moment privilégié de formation spirituelle et de prière ( un ressourcement dans la foi , une démarche de conversion individuelle ou collective, un temps de pénitence, une vie fraternelle ).Ces pèlerinages sont proposés sur le diocèse lui-même à l'occasion de fêtes. Les pardons bretons sont les plus connus . Certains ont lieu aussi vers l'extérieur. Les principales destinations sont Lourdes, La Terre Sainte , les Pas de Saint Paul (Turquie , Grèce ou croisières en Méditerranée ) mais aussi vers des sanctuaires français d'audience plus régionale comme Lisieux ou Pontmain. Ces directeurs diocésains de pèlerinages se retrouvent au sein de l ' A.N.D.D.P ( Association Nationale des Directeurs Diocésains de Pèlerinages ). Cette association regroupe 95 directions diocésaines et 17 directions de pèlerinages nationaux

Un certain d'agences et d'associations travaillent en lien étroit avec les directions diocésaines de pèlerinages .On peut citer SIP Voyages , Routes Bibliques, La Procure- Terre Entière, Notre Dame du salut, etc…Elles sont spécialisées dans le pèlerinage et offrent souvent une large gamme de produits. Ces voyages pèlerinages sont généralement accompagnés par un prêtre .

Ces pèlerinages passent obligatoirement par des sanctuaires ou des hauts- lieux spirituels très variables par leurs dimensions, leur rayonnement ou leur histoire .Ces sanctuaires sont sous la responsabilité d'un recteur nommé par l'évêque .Ces recteurs se regroupent au sein de l ' A. R. S : l'association des recteurs de sanctuaires qui permet une concertation et une réflexion sur l'accueil et le développement de leurs sanctuaires .Un certain nombre d'associations se sont aussi constituées au sein des églises pour répondre à la demande des visiteurs, elles sont spécialisées dans l'accueil qui va parfois, jusqu'à la visite guidée. Ces associations sont regroupées au sein d'une association européenne appelée : " Ars et Fides " dont le but principal est de " faire découvrir les lieux de prière , pas uniquement comme des musées religieux, mais comme des centres d'une communauté chrétienne vivante et comme des maisons de Dieu" . On peut citer pour la France : C.A.S.A ( Communauté d'Accueil dans les Sites Artistiques ), S.P.R.E.V ( Sauvegarde du patrimoine Religieux en Vie ) , etc…

Toutes ces associations et ces groupes sont en lien avec la Pastorale du Tourisme et des Loisirs qui est l'organisme officiel , le service de l'église de France chargé de prendre en compte toute la dimension " tourisme et loisirs " .Dans chaque diocèse une équipe pastorale du tourisme et des loisirs autour d'un délègue diocésain est chargé de cette mission.

 B- LE TOURISME RELIGIEUX ET LE PROTESTANTISME

Minoritaire en France le protestantisme compte environ 950000 fidèles regroupés au sein de plusieurs églises de sensibilités théologiques différentes. Les églises dites " réformées " sont les plus nombreuses et se réclament en partie de la tradition calviniste ( Jean Calvin , né en 1509 à Noyon en Picardie ). Les églises réformées sont davantage représentées dans certaines régions comme les Cévennes , la Drôme , le Poitou et aussi dans les grandes villes . Les églises luthériennes sont surtout implantées en Alsace , dans le pays de Montbéliard et à Paris. Elles restent très attachées aux idées de Luther , moine allemand du XVI e siècle. A coté de ces " églises historiques " appelées ainsi car les plus anciennes sont nées à l ' époque de la Grande Réforme du XVI e siècle , les églises évangélistes et pentecôtistes forment le troisième pôle du protestantisme .

Les protestants ont toujours refusé l'idée de lieux sacrés mais il existe de nombreux lieux de mémoire et donc des " déplacements religieux " vers des " lieux de mémoire " . Un lieu de mémoire évoque un souvenir et fait revivre le passé en faisant appel à la Mémoire et surtout à l'imagination. Un " lieu de culte " peut être un " lieu de mémoire " mais dans le protestantisme le lieu de culte , le temple , n'est qu'un abri où l'on rassemble les gens pour écouter la parole de Dieu et éventuellement pour célébrer les deux sacrements . Le lieu de culte protestant est parfaitement neutre alors que le lieu de culte catholique a une connotation sacrée . Ces lieux de mémoire (parfois mais plus rarement lieux de culte ) sont nombreux surtout dans les Cévennes et dans la Drôme où ils sont étroitement associés à l'histoire huguenote . Les plus connus sont les lieux d'assemblées " au Désert " qui restent inscrits dans la mémoire collective comme des lieux de rencontre . Beaucoup sont associés à des cols :Col de la Croix : Qeyras-Piémont - Vaudois ; col de La Menée : Trièves , Drôme ; Bois de vache : Bourdeaux-Dieulefit ; Bouschet de Pranles .

Certaines paroisses initient des voyages avec pour but le Musée du Désert; La Force , le Lubéron vaudois, … Le recours aux agences est très limité. Les institutions, organisations, " recruteurs " en matière de voyages n'existent qu'au niveau des paroisses." Pour un protestant français quelque peu conscient, le tourisme "religieux" à proprement parler n'existe pas , mais des occasions de se déplacer vers des " lieux de mémoire " lui sont offertes " ( P. GROJEANNE , 1993 ).

Il existe aussi de nombreux musées protestants qui jouent le rôle de lieux de mémoire : le musée de Bois-Tiffrais non loin de Pouzaugues en Vendée , le musée protestant de La Rochelle , le musée du Vivarais Protestant au Bouschet de Pransles dans l'Ardèche, le Musée du protestantisme dauphinois à Poet-Laval non loin de Montélimar, le Musée du désert à Mialet, …
 

Le Dôme du Rocher ( Jérusalem )


 

3- LE TOURISME RELIGIEUX ET L'ISLAM

Chaque année à date fixe du calendrier lunaire , des masses immenses de musulmans ( plus de 1,5 millions de fidèles en 1990 ) se rassemblent à La Mekke et aux environs pour accomplir le grand pèlerinage ou hajj. Venues du Monde entier ces foules obéissent à l'un des 5 principaux commandements de la Loi musulmane ( les 5 piliers ) . L'obligation du grand pèlerinage concerne tout musulman adulte, libre, sain d'esprit, ayant les ressources nécessaires pour le voyage et l'entretien des siens durant son absence .La musulmane n'y est tenue que si elle est accompagnée par un homme de sa famille proche. Les cérémonies des environs de La Mekke se font en masse à des dates précises. Le 9 du mois du pèlerinage (dhul-hijja, le douzième de l'année musulmane ). Concernant la France ce pèlerinage annuel est l'occasion de départs dont le nombre est estimé à 15000 environ par an. La plupart des pèlerins voyagent par avion mais certains, parmi les plus endurants empruntent parfois la route. Depuis quelques années les pèlerins doivent verser au consulat saoudien , en même temps qu'une demande de visa d'entrée en Arabie saoudite , un forfait d'environ 1600 f réputé compenser les " prestations terrestres " représentant le coût des transports terrestres et la location des tentes à la station d' Arafat . Cela fait tourner le coût global du pèlerinage autour de 14500 F : 5600F le prix du billet aller-retour Paris-Djeddah, près de 7 000 F le coût du séjour d'environ 1 mois à La Mekke et à Médine .On compte environ parmi les pèlerins 30% de jeunes de moins de 35 ans et parmi eux beaucoup de " beurs " ne comprenant pas l'arabe. L'organisation des départs au pèlerinage sont en général le fait des mosquées et des grandes associations. Le mois du Ramadan est la période préférée pour l'accomplissement de la Oumra ou petit pèlerinage à La Mekke pour ceux qui connaissent le hadith dans lequel le prophète assimile les mérites de la Oumra du mois du ramadan à ceux des compagnons qui l'on accompagné lors du pèlerinage consécutif à la reconquête de La Mekke en 630. Le Mouloud, fête célébrant la naissance du prophète, le 12 Rabi'a 1er de l'année hégirienne est aussi une date appréciée pour l'accomplissement du petit pèlerinage. On estime à 1400 le nombre de musulmans français qui se rendent annuellement à La Mekke pour la Oumra.

Des déplacements à caractère religieux peuvent aussi être organisés vers d'autres régions que l'Arabie saoudite. Des groupes organisent des voyages vers le Maghreb à l'occasion de cérémonies religieuses célébrées à Mostaganem ( Algérie) , Sidi Bou Said et Sidi Mehrez (Tunisie) , Fès ( Maroc). Les réunions annuelles ( Moussem ) de certaines zaouias du Rif marocain ou du Haut- Atlas attirent encore de nombreux musulmans de France En fin de puis quelques années beaucoup de membres de la communauté musulmane ont pris l'habitude d'aller passer le dernier tiers du mois de Ramadan à Jérusalem pour se recueillir à la mosquée El- Aqsa .


 

Le Mur des Lamentations ( Jérusalem )


 

IV- LE TOURISME RELIGIEUX ET LE JUDAÏSME

Dans la religion juive le concept de pèlerinage au sens où on l'entend dans les religions catholiques ou musulmanes n'existe pas. On ne peut donc parler de tourisme religieux juif au sens strict du terme. Pourtant il existe un tourisme juif lié à l'identité juive .Il n'est pas lié à la pratique de la religion mais à la religion elle-même. Il se traduit d'abord par la quête de l'histoire du peuple juif , la visite des lieux qui ont marqué l'histoire de ce peuple et qui jouent un rôle symbolique très important .Parmi les lieux de Mémoire on peut citer " le Mur des Lamentations" à Jérusalem (qui rappelle aux juifs le temple érigé par Hérode en 20 avant J.C et détruit par les romains en 70 après J.C ), la forteresse de Massada , dernier bastion de la résistance juive où furent massacrés en 73 après J.C près d'un millier de juifs. Les camps de concentration nazis, le Vél' d'Hiv sont aussi des lieux autrement symboliques pour la communauté juive .Un autre aspect du tourisme juif est lié au retour à la terre Promise , lieu de fondation de l 'identité juive , un attachement qui s'est encore renforcé avec la création en 1948 de l'état d ' Israël. Ce séjour touristique peut se traduire par un engagement militant plus ou moins fort : du séjour chez des amis au volontariat pendant plusieurs semaines dans un kibboutz en passant par le séjour de découverte culturelle. Enfin le "ressourcement religieux " est bien présent , en particulier pour les Séfarades .Parmi ces lieux de " ressourcement " ( plutôt que de pèlerinage ) on peut citer Méron et safed. Chaque année 110 000 passager partent de France vers Israël dont environ 90 000 sont des touristes de nationalité française , les non- juifs représentent environ 20 % des partants .


 

Le stupa de Santchi ( près de Bhopal, Inde )


 

-LE TOURISME RELIGIEUX ET LE BOUDDHISME

Il existe aussi en France et en Europe des lieux de culte qui ont été consacrés et reconnus par diverses traditions bouddhiques. Leur présence s'explique par la nécessité d'apporter un soutien culturel aux nombreux réfugiés du sud-est asiatique et elle répond aussi à la nécessité de répondre à la demande de nombreux occidentaux sensibilisés par la pensée bouddhiste. On assiste en effet depuis une trentaine d'année sa une propagation rapide du bouddhisme en France et en Europe .Il existe au total une soixantaine de centres en France .Certains offrent la possibilité d'effectuer des retraites de trois ans, trois mois ou trois jours .afin de mieux pénétrer le Dharma en approfondissant les textes et la pensée religieuse . 

Parmi ces grands centres on peut citer : la congrégation monastique de Dhagpô Kagyu Ling ( Saint Léon sur Vézère en Dordogne ), le centre Kagyu Ling à Château de Plaige à Toulon sur Arroux en Bourgogne, le centre Karma Ling dans l'ancienne chartreuse de Saint Hugon en Savoie, le centre Gelugpa Geupele Tchantchoup Ling près de Paris, etc… On estime aujourd'hui à 550 000 personnes le nombre de pratiquants bouddhistes en France . Mais le Tourisme religieux demeure dans ce domaine un secteur relativement marginal et plus tourné vers des retraites spirituelles que vers des pèlerinages.

CONCLUSION

Le phénomène religieux occupe depuis quelques années la scène publique en défrayant régulièrement la chronique. Il semble que le champ de ces manifestation soit très vaste et le Tourisme n'échappe pas à ce vaste mouvement sociologique. En ces temps de déclin du consumérisme on semble se diriger vers un tourisme plus propice au voyage vers l'être intérieur , un tourisme à connotation spirituelle qui permettrait de pallier le manque de sens apparent de la vie quotidienne. Il semble que nous soyons en cours d'invention d'une nouvelle approche du sacré "un nouveau marché est en train de se former, composé de nouveaux acteurs et de nouveaux consommateurs : un marché spirituel animé par le besoin d'une connaissance exigeante, en dehors des systèmes religieux réglementés " ( E. JAFFRAIN, 1993 ).

En France on observe les prémices de ce changement dans les pratiques culturelles et touristiques.La motivation religieuse intervient de manière directe dans les pèlerinages et les séjours à caractère spirituel qui font se déplacer en France 8 à 9 millions de personnes par an. Outre l'essor des pèlerinages le Tourisme a favorisé également l'essor des retraites et autres sessions religieuses, moins directives en encadrées que dans le passé et qui permettent aux intéressés de se retrouver dans un endroit calme et favorable à la réflexion. La vogue monastique devient une donnée importante dans l'appréciation du tourisme de court- séjour. Parallèlement à ce tourisme " à vocation religieuse " apparaît un tourisme " de curiosité religieuse. Le français de la fin du XXe siècle qui ne possède presque plus de culture religieuse apparaît de plus en plus attiré par les visites patrimoniales qui lui permettent de lui apporter une connaissance dans ce domaine ou de lui faire éprouver la transcendance. Ainsi le patrimoine religieux bénéfice d'un intérêt croissant de la part du grand public. En 1987 49% des français avaient visité au moins une fois dans l'année une église ou une cathédrale . Ce chiffre situe la visite d'un édifice religieux à la troisième place des visites effectuées par les français derrière la visite d'un vieux quartier ( 51% ) et après la sortie au cinéma (51% ). 75% des français se déclarent amateurs du patrimoine religieux contre 68% en 1980. Le Ministère de la Culture évaluait à 100 millions le nombre de visites dans les cathédrales françaises en 1989 .

 Il est encore trop tôt pour évaluer si cette forme de tourisme à tendance spiritualiste a un avenir durable devant elle , mais les collectivités propriétaires d'un patrimoine religieux ont désormais à l'esprit que cultuel et culturel peuvent se conjuguer harmonieusement pour répondre à une soif d'absolu et générer ainsi une nouvelle règle touristique. Ainsi dès 1992 Cluny s'est lancé dans un projet de réorganisation de son tourisme dans le cadre de sa nomination au titre de " grand site culturel et touristique ": création d'un centre d'accueil et d'information pour l'ensemble du site, expositions permanentes et temporaires , réévaluation du musée de l'œuvre de l'Abbaye, programmation d'animations événementielles et permanentes, etc… A Marmoutier, ancien bourg- abbaye qui tient une grande place dans l'histoire de l'Alsace, on réfléchit sur la création " ex-nihilo " d'un produit touristique basé sur la présentation du fonctionnement d'une abbaye dans sa ville au XVII e siècle. Un exemple particulièrement démonstratif est celui du "cathédraloscope" de la ville de Dol-de- Bretagne .Ce centre d'interprétation des cathédrales est un parcours muséal qui tente de transcrire la problématique de l'architecte dont le but est de produire sur terre une Jérusalem céleste matérialisée dans la pierre ce qui implique d e franchir de multiples barrières technologiques. La muséographie imaginée doit permettre de pallier la complexité des informations par une présentation attractive , pédagogique et interactive. Plus de 800 000 visiteurs sont attendus dès la première année de fonctionnement .

 

QUELQUES GRANDS SITES DE PÈLERINAGE EN FRANCE

 

FICHES

 

1- UN PÈLERINAGE DE DIMENSION INTERNATIONALE : LOURDES

La Vierge Marie apparut à 18 reprises à Bernadette Soubirous entre le 11 février et le 8 juillet 1858 dans la grotte de Massabielle sur les bords du gave de Pau. Les Pyrénées étaient "habitués " au phénomène. Rien que dans la région de Lourdes selon D. Lawlord ( 1870 ) on comptait dès cette époque 14 centres de pèlerinage. Les plus connus étant Bétharam où la Vierge était apparue en 1475 et Garaison en 1510 . Au lendemain des apparitions une commission d'enquête fut nommée qui n'authentifia le phénomène qu'en 1862. Le premier pèlerinage eut lieu le 6 octobre 1872 et rassembla 200 prêtres et 500 pèlerins . Dès 1873 on dénombre 213 trains spéciaux et 140000 visiteurs .

Le nombre de visiteurs du sanctuaire est estimé à 5 millions ( 1985 : 4,4 millions de visiteurs ( dont 500000 pèlerins officiels ; 1991 : 5, 2 millions de visiteurs ( dont 693000 pèlerins officiels soit des augmentations annuelles de 2,4% toutes clientèles confondues et de 3,3% pour les seuls pèlerins officiels ) , ce qui confère à Lourdes une position unique en Europe et une économie qui génère un chiffre d'affaires supérieure à 2,5 milliards de francs .En 2004 Lourdes a accueilli 5 millions de visiteurs dont 2 millions de touristes .

En 2010, les sanctuaires de Lourdes ont comptabilisé 6 094 215 pèlerins, soit un nombre de visiteurs relativement stable par rapport à 2009. Les pèlerinages organisés représentent 825 868 personnes (13,55 %) qui restent en moyenne quatre jours dans la cité mariale. Par nationalités, les Français (43 %) et les Italiens (30 %) forment la grande majorité des 790 000 pèlerins européens venus en 2010 dans le cadre de pèlerinages organisés tandis que 35 000 sont venus des autres continents dont la moitié d'Asie du Sud-Est. Le chiffre d'affaires global des sanctuaires avoisine les 30 millions d'euros.

A la fin des années 1990 près de 400 000 pèlerins étaient véhiculés à Lourdes par le train. En 1995 412 trains spéciaux avaient été affrétés, 219 en France et 323 venant de l'étranger dont 202 pour la seule Italie .La tendance générale était pourtant à venir de moins en moins en pèlerinage organisé. En 1994 ils étaient 721202 à venir dans le cadre d'un pèlerinage organisé contre 692 443 en 1995 et 624 357 en 1996.Les pèlerins préfèrent venir seuls , en voiture ou en train de leur côté…En 2004 les visiteurs arrivaient à Lourdes à parts égales en voiture ( 36%) et en train (30%).Le reste arrivant en autocar (16% ) et en avion(16%).

Lourdes comptait en 1996 304 hôtels homologués représentant 21000 chambres et 35 000 lits (70% de la capacité hôtelière du département des Hautes-Pyrénées et 30% de la capacité hôtelière de la région Midi-Pyrénées). En 2004 lourdes comptait 241 hôtels  offrant 14000 chambres. Aujourd’hui Lourdes demeure la deuxième ville hôtelière de France juste après Paris. Selon une enquête de conjoncture réalisée auprès des hôtels et des campings lourdais de mai à septembre 1992 70% du total des nuitées sont dues à des vacanciers ou des pèlerins étrangers. Cette hôtellerie traverse une crise comme le note le rapport INSEE Midi-Pyrénées de 1995 où la baisse de fréquentation a été de 2,5% pour l'ensemble de l'hôtellerie lourdaise. Il y avait 410 hôtels en 1980, 304 en 1996 et 241 en 2004. L'installation de gros hôtels franchisés ( Mercure, Ibis, Campanile , etc… ) et la concurrence qui en est résulté pour l'hôtellerie locale explique en partie ces mauvais résultats. A l’heure actuelle les hôtels lourdais demeurent majoritairement des hôtels 2-3 étoiles .

Près de 50% des étrangers viennent d'Italie ( 800000 nuitées, 27% des nuitées hôtelières en 2004), ensuite viennent les Belges , les irlandais (13% pour chaque nationalité ), les espagnols (8%), les allemands (7% ). La notoriété de Lourdes dépasse largement les frontières des pays limitrophes. On assiste depuis 1990 à l'arrivée encore marginale de visiteurs venus d'Europe Centrale mais aussi depuis de nombreuses années à la visite de touristes américains (Etats-Unis, Canada, Amérique du Sud) et asiatiques (Japon en particulier ).

La saisonnalité de la fréquentation touristique est très marquée à Lourdes. 95% des 3 millions de nuitées touristiques ont lieu sur la période avril octobre avec une pointe autour du 15 août (fête de l’Assomption). Un deuxième pic de fréquentation est attesté vers le 11 février, date anniversaire des premières apparition.

Des enquêtes récentes révèlent que la démarche religieuse est de loin la première des motivations (81% des pèlerins, 96% chez les pèlerins officiels et 70% chez les touristes). Ce besoin religieux se traduit de trois façons différentes : trouver tous les ans un rendez-vous " profond ", régulier, où se " ressourcer ", fortifier une foi un peu négligée ou demander la protection de la Vierge Marie. Selon une enquête réalisée en 1981 (M. CHADEFAUD ) le pèlerin- type est une femme ( 70% dans les pèlerinages français , 58 à 78% dans les pèlerinages étrangers ) , de milieu modeste souvent rural et à 60% de plus de 50 ans ; En 1981 28% des pèlerins étaient sans profession ( mères de famille et retraités ) , 19% ouvriers et 15% employés; les 3/4 reviennent régulièrement et 50% viennent souvent . 50% ne pratiquent pas le reste de l'année. Un accueil spécifique est organisé dans le sanctuaire depuis 1967." Pèlerins d'un jour " a été créé pour venir aux isolés les moyens d'effectuer un mini-pèlerinage, tentative missionnaire la plus aboutie à ce jour pour récupérer ces quelques 4 millions de visiteurs qui échappent aux institutions officielles. En 1993 plus de 150 000 personnes ont utilisé cette formule .

2- UN PELERINAGE DE DIMENSION NATIONALE : PARAY-LE-MONIAL

Paray- Le - Monial est devenu la ville du Sacré-Cœur depuis qu'à la fin du XVII e siècle le Christ y est apparu à une religieuse de l'ordre de la Visitation , Marguerite- Marie Alacoque ( 1647-1690 ) lui faisant à travers le signe de son cœur la révélation de son amour pour tous les hommes. Ces apparitions eurent lieu entre 1673 et 1675. Elles s'inscrivaient dans une tradition de l'église qui prenait son origine dans l'épisode johannique de la mort de jésus sur la croix : ce que l'on appelé à partir du XVII e siècle la spiritualité du Sacré - Cœur , pus à partir du XIX e siècle le " message de Paray " .Les pèlerinages proprement dit ont pris naissance à la fin du XIX e siècle. Le plus célèbre fut le rassemblement de 1873 qui réunit plus de 30 000 personnes. Marguerite- Marie fut canonisée en 1920 et le sanctuaire reçut la visite du pape Jean-Paul II en 1986 .

L'histoire des pèlerinages a été marqué ces dernières années par l'organisation des sessions d'été par la communauté de l'Emmanuel ce qui a favorisé l'internationalisation de la fréquentation du sanctuaire (35 nationalités différentes en 1992 ) et une organisation nouvelle de l'accueil et de l'animation des pèlerinages confiés à la communauté de l'Emmanuel en 1985.On distingue différents types de pèlerinages. Les grands pèlerinages classiques ont généralement lieu le dimanche entrer Pâques et la Toussaint (pèlerinages diocésains, Familles du Sacré-Cœur, Pèlerins de Notre- Dame, Corpus Christi, etc…). Ils rassemblent un  millier de personnes parfois davantage pour les fêtes traditionnelles du Sacré-Cœur et de sainte Marguerite- Marie où on peut atteindre le chiffre de 3 000 participants. L'immense majorité des pèlerinages est de taille plus modeste (de 1 à 10 cars) à l'initiative d'églises , de paroisses et d'écoles . Les pèlerins restent entre 1/2 journée et 4 jours . Les retraitants sont des pèlerins individuels qui s'inscrivent pour une retraite proposée à l'avance d'une durée moyenne de 5 jours .Plusieurs communautés religieuses en organisent et il y a environ 30 retraites par an en moyenne .Enfin beaucoup de pèlerins viennent dans le cadre de rassemblements organisés par la Communauté de l'Emmanuel ( 30000 pèlerins pour les sessions d'été entre le 1er juillet et le 15 août ) ainsi que des rassemblements organisés de 2, 3, 4 jours organisés depuis 1990 (week-end Amour et Vérité (couples et familles), week-end FIDESCO (coopération et développement), rencontres sacerdotales d'octobre ( 500 prêtres en 1993 ), etc …

La fréquentation touristique depuis la venue du pape Jean-Paul II en 1986 se situe aux environs de 1 million de visiteurs par an. 1/3 des visiteurs vient pour un motif religieux (pèlerinage au Sacré-Cœur, sessions ou retraites organisés par des groupements religieux, etc…), 1/3 aime l'architecture romane et intègre souvent le site dans des circuits à thèmes : le circuit des églises romanes, " Sur les pas de Saint Hugues avec Cluny et Sémur-en-Brionnais ". 1/3 passe au gré de sa curiosité de quelques minutes à quelques heures dans la ville attiré par la renommée des lieux . La durée de séjour moyen (INSEE: " la conjoncture en Bourgogne, 1992") se situe autour de 1,26 jours. Le chiffre d'affaires généré par l'activité touristique pourrait se situer autour de 15 millions de francs. La saison touristique (avril-mai jusqu'à octobre) connaît une pointe de fréquentation en juillet-août. La capacité hôtelière de la ville se monte à 11 établissements soit 436 chambres dont 20 en 3 étoiles et 286 en 2 étoiles.

3 - UN PÈLERINAGE DE DIMENSION REGIONALE : SAINTE-ANNE-D'AURAY

La commune de Sainte- Anne d'Auray se situe dans le Morbihan à 15 kilomètres de Vannes et de Carnac. Dans le sanctuaire on vénère Sainte-Anne , mère de la Vierge Marie .Le culte de Sainte-Anne fut implanté en Bretagne aux VIIe-VIIIe siècles au début de l'évangélisation de l' Armorique . Le pèlerinage commença en 1625 sous le règne de Louis XIII dans le village de Ker-Anna Sainte- Anne apparut à un laboureur Yves Nicolazic. On compte une vingtaine d'apparitions environ . la plus importante eut lieu dans la nuit du 25 au 26 juillet 1624.La sainte demanda au voyant de lui bâtir une chapelle . La dernière apparition eut lieu le 8 mars 1625. Yves Nicolazic et 5 autres habitants du hameau furent conduits par un cierge mystérieux à découvrir dans le champ du Bocenno l'antique statue qui ornait au Moyen-âge une chapelle dédiée à la sainte et tombée en ruines au XVIe siècle.

Une enquête officielle fut menée qui aboutit à l'authentification des apparitions dès 1625. La première pierre de la nouvelle chapelle fut posée et le pèlerinage reconnu. Cette première chapelle fut remplacée par la grande basilique actuelle en 1865. Cette dernière fut ouverte aux pèlerins en 1872. La manifestation la plus spectaculaire du pèlerinage a lieu entre le 25 et le 26 juillet de chaque année. On accueille en cette occasion jusqu' à 40 000 pèlerins (chiffres de 1992) . Mais le pèlerinage dure toute l'année . L'ouverture officielle se fait le 7 mars anniversaire de la découverte de l'antique statue de la sainte. La clôture se fait le premier dimanche d'octobre. La fréquentation s'élève à 800000-90000 pèlerins et visiteurs chaque année. Beaucoup de pèlerins viennent à pied. Le 1er janvier, pèlerinage pour la Paix, 150 personnes marchent dès 6 heures du matin venant de 15,30 ou 50 kilomètres. Les lieux d'origine des pèlerins sont variés . Les résultats d'une enquête effectuée les 25 - 26 juillet 1992 révèle que sur 40 000 pèlerins plus de 19000 (41,7% ) sont originaires du Morbihan, 2588 (6,3% ) sont originaires du Finistère voisin, 1749 (4,3 % ) viennent de la région parisienne, les autres se répartissant sur les départements limitrophes ou voisins ( Loire-Atlantique , Ille et Vilaine, Côtes d'Armor, Maine et Loire ). Environ 2500 personnes viennent d'autres pays européens dont 1,6 % d'allemands, 1,4 d'anglais et 1,3% de belges

 

 

 

 

 

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