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COURS
1-Quelques définitions … :
Initialement les eaux thermales sont des eaux chaudes qui
sont utilisées à des fins thérapeutiques , d'où le nom de
thermalisme donné à cette pratique. C'est aussi la raison
pour laquelle les établissements où sont dispensés les soins
sont appelés établissements thermaux ou thermes. Les eaux
utilisées sont couramment nommées : "minérales" ou "thermo
minérales ". Ces deux termes regroupent cependant des eaux
très différentes. Par exemple certaines eaux sont riches en
sels minéraux et d'autres en sont presque dépourvues ( 300
g/l à Salies de Salat contre 0,1 g/l à Volvic ). Par
ailleurs certaines eaux sont chaudes (83°C à Chaudes-Aigues ) alors que d'autres ont une température analogue à
celle de la nappe phréatique (11° C à Enghien) . Selon la
législation en vigueur une eau minérale, thermale ou thermo
minérale se différencie des autres eaux par des propriétés
favorables à la Santé constatées par l'Académie nationale de
Médecine et dont la thérapeutique thermale peut tirer profit
. La température de l'eau et la nature des sels dissous
n'entent pas en ligne de compte dans cette définition qui
est essentiellement qualitative. Dans la définition
anglo-saxonne une minéralisation de l'eau supérieure à 1 g/l suffit à lui conférer l'appellation d'eau thermale. Les
eaux conditionnées (improprement appelées eaux minérales
dans le grand public) peuvent être des eaux minérales (ou
thermales) mais aussi des " eaux de source " ou des " eaux
rendus potables par traitement ". Selon l'article 13 du
décret du 6 juin 1989 une eau de source est une eau
souterraine rendue microbiologiquement saine et protégée
contre les risques de pollution, apte à la consommation
humaine sans traitement ni adjonction autre que décantation,
filtration et adjonction de CO2. Les eaux minérales
embouteillées le sont comme simples boissons et non pour des
propriétés particulières .
2- Aspects réglementaires
Toute exploitation d'eau thermale doit faire l'objet d'une
autorisation délivrée par le Ministre chargé de la santé
après avis de l'Académie nationale de Médecine (décret du
28 mars 1957). L'eau thermale telle qu'elle se présente à
l'émergence ne peut faire l'objet d'aucun traitement autres
que ceux autorisés par l'arrêté ministériel et relatifs à :
- la séparation des éléments instables par décantation ou
filtration sans modification de la composition de l'eau dan
ses constituants essentiels, - l'élimination ou
l'incorporation de CO 2.
Les autorisations d'exploitation étaient données sans
limitation de durée jusque vers 1900. Puis elles sont
devenues trentenaires . Beaucoup de sources prestigieuses
possèdent des déclarations d'intérêt public et des
autorisations sans limitation de durée ( ex. - : Les
Célestins, Grande Grille, Hôpital et Chomel à Vichy ou
grande Source et Hépar à Vittel ) .
Chaque captage d'eau minérale se fait sous la surveillance
étroite et conjointe de la Direction Régionale de
l'Industrie, de la Recherche et de l'Environnement et de la
Direction départementale des Affaires sanitaires et Sociales
(D.D.A.S.S) (arrêté du 14 octobre 1937 ).
Une surveillance réglementaire est effectuée par des
laboratoires agréés pour le contrôle des eaux minérales par
le Ministère de la santé.
Pour qu ' une eau minérale soit embouteillée une
autorisation est délivrée par le ministère chargé de la
santé ( décret du 11 décembre 1964 ).
3 - La composition des eaux minérales
La composition chimique est un des critères sur lesquels
repose la notion d'eau minérale .Elles se distinguent des
eaux de distribution publique par la quantité et la qualité
de leurs composants.
Les différents éléments de cette minéralisation
appartiennent à deux catégories :- des composés présents
dans toutes les eaux mais dont la concentration est plus
élevée dans les eaux minérales. Ce sont les éléments majeurs
.,- des composés inconnus dans les eaux banales et présents
dans les eaux minérales en quantités infinitésimales. Selon
leur concentration ce sont des éléments - mineurs ou des
éléments - traces .
Les éléments majeurs
Les substances minérales sont des sels appartenant aux
acides dérivés des éléments carbone , soufre et chlore. Les
bicarbonates sont présents dans toutes les eaux . Ils sont
issu de la décomposition des roches calcaires ou du dégazage
du magma profond. Les sulfates sont les principaux
représentants des dérivés oxygénés du soufre .Leur
concentration est élevée si le trajet souterrain de l'eau
s'est soldé par un lessivage de gîtes salifères sulfatés
.L'ion chlorure est aussi très répandu dans les eaux
minérales. Il peut être d'origine sédimentaire ou magmatique
.Les chlorures d'origine sédimentaire proviennent du
lessivage d'anciens dépôts évaporitiques ( sel gemme ). Dans
les régions volcaniques les chlorures peuvent avoir des
origines plus profondes .
Parmi les gaz le CO2 est le plus fréquent et il peut
atteindre des concentrations élevées . La plupart du temps
il est d'origine magmatique, mais il est aussi présent dans
les minéralisations riches en bicarbonates.
Les éléments mineurs ou les éléments traces
Leur concentration des éléments mineurs est de l'ordre du
mg/l et celle des éléments traces est 100 à 1000 fois moins
importante . Dans le groupe des sels on trouve des bromures
, des iodures et des fluorures. On rencontre aussi des
substances alcalines comme le lithium, le strontium, le
baryum et le béryllium ainsi que des dérivés du soufre comme
les sulfhydrates et l'hydrogène sulfuré. Les oligo-éléments
ne sont pas rares : fer, manganèse et cuivre mais aussi des
éléments plus rares comme le vanadium, l'arsenic et le
sélénium. On peut enfin rencontrer des éléments radioactifs.
Les boues
La composition et la température des eaux thermales sont
favorables à la vie des bactéries et des algues. L'ensemble
complexe minéraux/algues/bactéries donnent des boues qui
sont parties intégrantes du patrimoine des stations.
4 - La classification des eaux
La classification chimique est la plus utilisée. On
distingue cinq grands groupes d'eau qui se distinguent par
la présence d'un élément remarquable : - eaux sulfurées (
présence de sulfures et d'hydrogène sulfuré), - eaux
sulfatées , chlorurées et bicarbonatées, - eaux oligo-
minérales ( faiblement minéralisées , moins de 1g/l ). La
température des eaux peut aussi être un élément de
classification. Elle es très variable (100°C à Soffioni en
Toscane, 83° C à Chaudes- Aigues, 62 / 71°C à Plombières,
52°C à Plombières, 45° C à Aix- les- Bains, 43° C à Vichy ,
37° C à Gréoux , 11° C à Evian et Contrexéville ).
5 - Les origines des eaux minérales
Il faut considérer les trois phases qui les constituent :
sels dissous, gaz et eau.
Les sels dissous
Certains sels proviennent du lessivage des terrains
traversés : sulfates, chlorures carbonates des eaux qui ont
percolé dans diverses roches : des dolomies, des calcaires,
des sels gemmes ou des gypses. D'autres éléments proviennent
d'eaux retenues dans les roches depuis leur formation ( eaux
connées ) .C'est par exemple le brome et l'iode liés aux
gisements de pétrole comme celui de Pechelbronn en Alsace.
Enfin d'autres éléments proviennent des couches profondes de
l'écorce où ils se sont formés à la suite de phénomènes
magmatiques (chlore et fluor des eaux minérales du Massif
Central ( La Bourboule, Royat, Saint Nectaire ).
Les gaz
Les principaux gaz associés aux eaux sont le CO2, l'azote,
l'hélium et le radon. Ce sont généralement des gaz
volcaniques d'origine profonde surtout dans les terrains
disloqués.
L'eau
Elle peut avoir trois origines : - volcanique (elle sera
dite juvénile), - météorique ( elle sera dite vadose ), ce
sont des résurgences d'eaux issues de précipitations
infiltrées dans le sous-sol, - fossile. L'origine météorique
est la principale provenance de la plupart des eaux
minérales. Les eaux de pluie descendent par gravité soit
dans des terrains perméables ( sables , grès ) soit dans des
roches formées ( granites ) soit dans des roches comportant
des vides importants ( grottes et avens ). La descente des
eaux de pluie est généralement stoppée par une couche
imperméable ( argile ou roche non fissurée ) . Ces eaux sont
appelées vadoses. L'origine juvénile . Dans les profondeurs
de l'écorce sous l'effet de la pression et de la température
les roches se transforment , c'est le métamophisme qui
provoque l'expulsion de l'eau constitutive de certains
minéraux. On la désigne par l'appellation " eau juvénile"
car contrairement aux eaux météoriques elle apparaît pour la
première fois à la surface de la terre. Enfin l'eau peut
avoir une origine fossile, ce sont des eaux et des sels
piégés dans des sédiments marins ou lacustres. On les
désignera par l'appellation " eaux connées " .
les hypothèses actuelles sur la formation des eaux minérales
On utilise des méthodes consistant à doser dans ces eaux les
isotopes de plusieurs éléments comme l'O18, le deutérium (D
ou 2H ), le Carbone (14C ) et le tritium ( 3H ).On constate
ainsi que la teneur en O18 des eaux minérales est comparable
à celle des eaux de pluie. La datation des eaux est basée
sur le dosage en tritium , le plus lourd des isotopes de
l'hydrogène. Depuis 1952 la teneur des eaux thermales en
tritium est passée de 1 atome par tritium pour 10 puissance
8 atomes d'hydrogène à 2500 atomes de tritium pour 10
puissance 8 atomes d'hydrogène. Or beaucoup d'eau minérale
ont été marquées par le tritium preuves qu'elles contiennent
des eaux infiltrées depuis 1952. Aujourd'hui les
spécialistes admettent que la quasi-totalité des eaux
minérales provient d'eau d'infiltration cheminant pendant
plusieurs années dans le sous-sol.
6 - Quelques notions d'Hydrogéologie …
Pour qu'un terrain soit aquifère il faut qu'il comporte de
vides où l'eau peut s'accumuler. On distingue les aquifères
de porosité ( sables, grès, graviers, … ) , ce sont des
ensembles meubles formés d'éléments libres les uns par
rapport aux autres et les aquifères de fissure dans des
roches massives ne comportant pas de cavité mais fracturées
ou dissoutes (karstifiées ) .
Il existe des roches très poreuses qui ne peuvent pas
constituer d'aquifères parce que les cavités de ces roches
de communiquent pas entre elles, donc le liquide ne peut
s'écouler de la roche et être extrait (ex.- les argiles ) .
A -La circulation des eaux dans le sous-sol
La circulation des eaux dans le sous- sol est
essentiellement soumise aux lois de la gravité .Les eaux de
pluie descendent vers le bas tant qu'elles ne rencontrent
pas de roches imperméables. La couche imperméable une fois
atteinte elles s'écoulent comme elles le feraient en surface
dans le sens de la pente . Le cheminement se poursuit
jusqu'à ce qu'elles rencontrent un exutoire qui peut être
une fissure ou un ouvrage de captage .
b-Comment les eaux parviennent-elles en surface?
La gravité joue un rôle essentiel pour les parcours brefs ou
les eaux n'ont pas suivi de périple profond. Dans certains
cas l'eau chaude plus légère que l'eau froide peut remonter
vers la surface en repoussant des masses d'eau froide (c'est
le principe du thermosiphon). La remontée des eaux peut
aussi être favorisé par un dégagement de gaz provenant des
couches profondes de l'écorce .Ce cas est fréquent dans les
régions volcaniques. Dans ce cas ce n'est plus la pression
qui fait remonter l'eau mais un phénomène de gravité. L'eau
chargée en CO2 forme une émulsion plus légère que l'eau
normale et qui remonte facilement en surface. Dans la
plupart des cas les venues d'eau en surface sont liées à des
failles. On appelle griffon l'émergence naturelle d'une eau
minérale. Les émergences se font à la faveur de zones
fissurées ou faillées ou parcourues de vides de dissolution.
Elles peuvent être contraintes à l'émergence quand elles
rencontrent un terrain imperméable.
c- Comment trouver de l'eau thermale ?
L'étude de l'environnement géologique et le préalable
indispensable. Les photographies aériennes et la
télédétection fournissent des données sur les failles , les
fractures et les diaclases. On utilise aussi les infrarouges
thermiques pour vérifier les variations de température dans
les zones couvertes de végétation .Ce type de prospection
peut s'effectuer à partir de prises de vue satellitaires. On
peut aussi utiliser la détection géochimique ( prospection
par détection de radon dans le sous-sol), la détection
géophysique ( la gravimétrie qui peut déceler les vides dans
le calcaire ou les méthodes électriques et
électromagnétiques qui définissent des zones de circulation
des eaux minérales qui sont plus conductrices que les eaux
non minérales ).
d- Comment capter l'eau thermale ?
Quand le griffon est franc et accessible le point
d'émergence doit être dégagé et coiffé d'un puis étanche au
centre duquel l'eau peut se rassembler. Quand les venues
sont multiples et diffuses et se mélangent à des eaux
superficielles et non minéralisées on amène l'eau à sourdre
là où l'on désire en lui appliquant une surcharge qui
l'oblige à jaillir dans une zone de moindre résistance
.Cette surcharge peut être un barrage et une chape en béton
( ex. - : Plombières ) ou une surcharge hydraulique d'eau
douce pour créer un barrage hydraulique comme à Ussat dans
l'Ariège . Si l'aquifère est profond et captif des sondages
peuvent être entrepris .L'eau jaillit ou elle est pompée à
l'intérieur du sondage .
e- Protection et contrôle de la source
Elle a pour but essentiel d'éviter la pollution dans tout le
bassin d'alimentation, là où toute goutte d'eau de pluie qui
s'infiltre dans le sous-sol rejoint le stock d'eau minérale.
Toutes les activités humaines sont sources de nuisances
(habitats (égouts et fosses septiques), activités agricoles
( production de lisier et utilisation massive d'engrais
azotés), activités industrielles (stockages dangereux ).
Deux textes en France régissent la protection des gisements
: - la loi de 1856 définit les conditions requises pour
l'attribution d'un périmètre de protection , - une
circulaire ministérielle de 1937 qui institue des périmètres
sanitaires d'émergence. A l'intérieur de ce périmètre tout
travail souterrain est soumis à une autorisation préalable.
Il est prévu pour le pétitionnaire ( qui demande
l'autorisation ) l'obligation de possède les terrains dans
un certain rayon autour de la source ou d'acquérir sur eux
des droits lui permettant d'interdire l'épandage des eaux
usées, des engrais et des ordures .Quant au contrôle de la
qualité de l'eau il est assuré en France par les arrêtés du
21 décembre 1964 et du 16 mai 1989.Il est placé sous l'égide
de la Direction départementale à l' Action sanitaire et
Sociale assistée par la Direction départementale de l'
Industrie et de la recherche.
-Les applications thérapeutiques du Thermalisme
La Crénothérapie est complémentaire du médicament
pharmaceutique. Au cours de l'évolution d'un certain nombre
d'affections chroniques il est courant que le recours aux
médicaments chimiques soit de plus en plus difficilement
supporté. La cure thermale représente lors une thérapeutique
relais permettant de diminuer, d'espacer voire de supprimer
la chimiothérapie. C'est le cas par exemple des affections
anti- inflammatoires et anti-algiques dans les formes
douloureuses des rhumatismes chroniques ,des antibiotiques
dans les infections respiratoires chroniques. A l'inverse la
cure thermale peut redonner toute son efficacité à une
chimiothérapie devenue moins active ou permettre d'éliminer
les conséquences d'un traitement prolongé. La crénothérapie
agit à plusieurs stades des maladies . Outre son action
curative au cours ou au décours des maladies constituées ,
elle est aussi préventive au stade pré- clinique de
certaines affections et elle est surtout préventive des
rechutes et des aggravation au cours de certaines maladies
chroniques. Elle contribue aussi à l'adaptation ou à la
réadaptation du sujet en vue de lui permettre de maintenir
une vie normale compte tenu de son handicap.
Dans ces démarches la spécialisation des stations est un des
principaux critères de la médecine thermale française. La
richesse et la variété du potentiel thermal français permet
d'utiliser chacune des sources dans les indications où elle
a fait la preuve de son efficacité la meilleure. Par
ailleurs la spécialisation des stations permet d'équiper les
thermes avec les techniques de cure appropriées et de les
aménager en fonction des maladies traitées. La
spécialisation a pour corollaire la présence de médecins
eux-mêmes spécialisés. La spécialisation des stations
françaises porte sur plusieurs orientations thérapeutiques :
-rhumatologie, - neurologie, -affections psycho- somatiques,
-maladies cardio-artérielles, -phlébologie, -gynécologie, -
maladies des voies respiratoires, - dermatologie et
stomatologie .
Par exemple en Rhumatologie l'action de la cure sur les
organes profonds est surtout le fait de l'hydrothérapie
externe . Aussi les caractères physiques de l'eau ont - ils
une importance majeure : températures , débit , boues
naturelles , radio - activité . Les sources utilisées sont :
- des sources sulfurées ( Aix -les- Bains, Gréoux, Amélie,
Ax- les- Thermes , … ), - des sources chlorurées sodiques
radio- actives ( Bourbonne - les - Bains , Bourbon l '
Archambault , …) , - des sources oligo-métalliques
radioactives ( Lamalou, Néris, Evaux, … ),- des sources
bicarbonatées ( Vichy, Le Mont- Dore … ).
8 - Historique du Thermalisme
a-l'Antiquité
Dès la plus haute antiquité le fait hydrothermal se confond
avec le fait religieux. Les dieux , déesses et demi-dieux
sont les premiers protecteurs des sources et leurs prêtres
les premiers hydrologues. Chez les grecs de nombreux auteurs
s'intéressent à la nature et aux vertus thérapeutiques des
eaux thermales. Aristote proclame la vertu des vapeurs
émanées des sources thermales. Plutarque discute de
l'origine des eaux thermales. Galien (grec venu d'Asie )
proclame sa confiance dans les eaux thermales et les bains
de boue. La vie thermale s'organise avec les romains .
Hérodote pose les principes de la crénothérapie ( durée des
cures , choix de la saison , technique des bains , etc… ).
Il est imité par Antyllus, Aetius , Paul d'Egine, …A
l'époque romaine les thermes publics sont un des lieux
majeurs de la cité . Les thermes de Caracalla sur l'Aventin
à Rome couvrent 12 ha et forment un bloc de 350 mètres de
côté ; ils pouvaient accueillir plus de 1600 personnes .
Quant aux thermes de Dioclétien sur le Quirinal, leurs
dimensions imposantes (420 X 380 mètres ) leur permettaient
de recevoir plus de 3000 personnes . Les thérapeutiques
utilisées sont diverses : immersions en piscines, bains
individuels et applications locales . Pour connaître les
maladies soignées il suffit souvent de se reporter aux
offrandes et aux ex-voto découverts près des points
d'émergence. Certains des ex-voto sont des fragments
d'organes sculptés ( bras, mains, yeux, organes génitaux )
et des diagnostic "a posteriori" des pathologies sont
parfois possibles. C'est ainsi que la source des Roches à
Chamalières a livré à partir de 19689 1500 sculptures et
8500 fragments d'ex- voto du I er siècle après J.C .
Parmi les stations thermales romaines importantes on peut
citer : Aix-en-Provence ( Aquae Sextiae) , Aix-les-Bains (
Aquae Gratianae) , Bourbon-Lancy ( Aquis Nisincii), Dax (
Aquae Tarbellicae), etc…Les romains n'apportèrent pas le
Thermalisme en Gaule. Cette pratique était déjà connue des
populations celtiques qui s'intéressaient aux vertus
thérapeutique des nombreuses sources bien avant l'arrivée
des romains. Le thermalisme gaulois connaît un développement
décisif sous la période gallo- romaine. Borvo est le
protecteur des sources , dieu thermal par excellence car son
nom signifie celte "Berw " signifie "le bouillonnant". Au
fil du temps l'appellation se transforme en Bormo ou
Bormanus, deux termes qui seront à l'origine du nom de
plusieurs localités thermales : Bourbon- Lancy, Bourbon l
'Archambault, La Bourboule , etc…
b-Le Moyen Age
La période médiévale est celle d'un long déclin du
thermalisme .Trois phénomènes se conjuguent pour expliquer
cette phase de décadence relative : - le déclin moral et
politique de la société romaine, - les Grandes Invasions , -
les préjugés anti-thermaux des chrétiens qui s'accompagne de
la christianisation de nombreuses divinités païennes des
sources . Ainsi en différents points de la Gaule on
substitue au culte des Nymphae et des déesses -mères celui
de la Vierge. Le Christianisme triomphant s'implante sur les
lieux de sources pour mieux les contrôler et les assimiler.
Il faut cependant noter une timide renaissance du
thermalisme sous le règne de Charlemagne, époque durant
laquelle Aix-la-Chapelle devient une grande ville thermale .
Par ailleurs d'autres stations vont bénéficier indirectement
des grandes migrations européens des XIIe-XIIIe siècles en
raison des maladies importées d'Orient par les Croisées (
1100 -1270). Des maladreries sont crées à Cauterets, Luchon,
Vernet.
c-La Renaissance
La Renaissance marque un nouveau recul dans l'usage des
étuves et des bains car la Réforme n'y est pas plus
favorable que l' Eglise mais les guerres d'Italie et surtout
les Guerres de Religion vont favoriser le redémarrage du
traitement thermal des blessures de guerre. Par ailleurs des
personnages célèbres mettent le thermalisme à la mode dans
les couches aristocratiques de la société . Montaigne à
l'âge de 45 ans est atteint de la Gravelle. Il ne se fie pas
à la Médecine et il confie son corps aux eaux thermales.
Henri IV créé le 26 mars 1605 la Surintendance Générale des
bains et des Fontaines du Royaume et en confie la direction
à son premier médecin : La Rivière. Le rôle de cet organisme
est de découvrir les sources , les analyser , les entretenir
et les faire connaître . C'est le point de départ de
l'hydrologie scientifique . Des savants commencent en effet
à s'intéresser aux stations : Jean Pidoux, Nicolas de
Nicolay, Paracelse (qui écrit un " Discours sur les eaux
thermales ") et Amboise Paré , ardent défenseur du
thermalisme. On voit grossir la foule des curistes et parmi
eux des personnages connus : Marguerite d'Angoulême ,
François Ier , Catherine de Médicis, Henri II, Henri III et
Henri IV .
d-Les XVIIe - XVIIIe siècles
A vogue des stations thermales s'accentue surtout celle de
Vichy et de Bourbon l' Archambault fréquentées par Louis
XIII, Anne d'Autriche, Richelieu, Louis XIV, Madame de
Montespan, Le Grand Condé, Fouquet, etc…Parmi les curistes
on notera la présence de la marquise de Sévigné qui se rend
en 1687 à Vichy et à Bourbon l'Archambault et qui laissera
de ses séjours de cure des relations détaillées dans sa
célèbre correspondance épistolaire. En 1772 une Commission
Royale de Médecine composée d'inspecteurs généraux des eaux
Minérales est créée dans le but de contrôler et de délivrer
des permis d'exploitation des sources . La Faculté de
Médecine et l'Académie des Sciences s'intéressent aussi aux
eaux , elles chargent le médecin Carrère de publier un
catalogue raisonné accompagné d'une notice sur les eaux
minérales du Royaume. La connaissance chimique des eaux
thermales fait aussi des progrès notables avec les travaux
de Geoffroy L ' Ainé, Claude Perrault et surtout ceux de
Lavoisier. Ce développement du thermalisme sera compromis
par le déclenchement de la révolution française, beaucoup de
stations seront appauvries par les troubles et les guerres
et par le départ de leur clientèle riche réfugiée à l'
Etranger.
e-L' essor du Thermalisme au XIX e siècle
Les causes de cet essor sont multiples : - création de
stations nouvelles , - progrès notables réalisés dans la
découverte du mode d'action des eaux minérales, - essor du
Romantisme et naissance du Tourisme , - développement des
moyens de communication. Le courant littéraire romantique
met à la mode de nombreuse stations. Les Rêveries d 'un
promeneur solitaire de J. J Rousseau ont réconcilié l '
Homme avec la Nature . Les écrits de Byron , Shelley, …
restaureront définitivement ce goût de la Nature chez l'
Homme occidental. Or beaucoup de stations sont entourées
d'un jardin romantique qui s'est développé autour du griffon
. Chateaubriand séjourne à Cauterets en 1829 . Il est imité
par Georges Sand , A. De Vigny et V. Hugo . Lamartine
séjourne en 1816 à Aix-les - Bains pour y soigner une
insuffisance hépatique. Il y rencontre Madame Charles qui
mourra en 1817. Par ailleurs on assiste à un essor du
Tourisme dans les stations qui se trouvent au cœur de
régions pittoresques . Ce développement touristique est
renforcé et amplifié par l'arrivée du chemin de fer ( Dax
est atteint en 1854, Vichy en 1860, Amélie les Bains en 1870
, …) . Sous le Second Empire c'est aussi la personnalité du
couple impérial qui assure le renouveau du thermalisme
français . L'empereur se fait le défenseur des petites
stations thermales. C'est Vichy , modeste village de 3000
habitants sur les berges de l'Allier , qui doit le plus à
Napoléon III. En 1861 Larrey, Conneaud et Alquier, les trois
médecins de la Cour, conseillent une cure à l'empereur.
Morny l'incite à aller à Vichy. Napoléon III y arrive le 4
juillet 1861.Il y reviendra en 1864 , 1865 et 1866. La
présence de napoléon III à Vichy incite toute une couche
sociale à y séjourner pour y prendre les eaux. La ville
s'équipe de boulevards , d'avenues et d'hôtels de classe
internationale. D'autres stations se développement sous le
Second Empire : Eaux- Bonnes, Luchon, Royat, Plombières , …
f-La première moitié du XX e siècle
Sous la Troisième République beaucoup de stations anciennes
s'agrandissent ( Vichy , Aix-les-Bains , Dax, Bourbon l '
Archambault , Le Mont Dore , Enghien , … ). De nouvelles
villes thermales apparaissent ou d'anciennes stations
connaissent une période de renouveau : Vittel, Evian, la
Bourboule, Chatelguyon, … L'importance des blessés
consécutifs à la première Guerre Mondiale développe le
thermalisme. Dans les stations françaises des années 20
nombreux parmi les curistes sont les blessés et les
pensionnés de guerre.
Durant l'Entre Deux Guerres l'usage du Thermalisme se répand
dans les classes moyennes ..Après une période de sommeil
liée à la Seconde Guerre Mondiale le thermalisme social est
créé en France en 1947 par la Sécurité Sociale. Cette
dernière reçoit 50722 demandes de cure pour la seule année
1948 et 80194 en 1951. Tout français quelque soit sa
condition sociale a le droit de bénéficier d'une cure
thermale si son état de santé l ' exige. Cet apport de
curistes sociaux compense la disparition de la riche
clientèle provenant de l'empire colonial et traitée pour des
maladies tropicales ( amibiases, colites amibiennes,
hépatites, … ) à Chatelguyon, Vichy, Vals, etc…
g-La station thermale aujourd'hui
La thérapeutique thermale ne peut être mise en œuvre qu'à
proximité des sources. Elle nécessite donc le séjour du
malade dans un lieu différent de son domicile habituel
durant un temps limité (fixé empiriquement à trois semaines
). Pendant ce séjour le curiste doit trouver toutes les
conditions nécessaires au rétablissement de sa santé .A la
notion désuète de " ville d'eau " on a substitué celle plus
moderne de station thermale ( "haut lieu de santé intégrale
", P. DELORE ) où tout est organisé et mis en œuvre en
fonction d'une même finalité : la guérison du curiste, ce
qui doit "obliger les stations thermales à évoluer vers une
plus haute technologie et une plus haute intelligence des
problèmes médicaux " (P. ROYER). Ainsi s'explique
l'obligation de classement des stations créée par la loi du
21 septembre 1919.Tel est aussi le but de la Charte de la
Fédération Internationale de Thermalisme et de Climatisme
(1973 qui définit les principes modernes de traitement dans
les stations thermales et climatiques et les conditions
minimales de leur classement au plan international.
L'établissement thermal et les buvettes constituent le pôle
d'attraction de la station. Les installations varient en
fonction de la spécialisation médicale depuis la simple
buvette jusqu'aux aménagements techniques les plus élaborés.
L'établissement thermal doit répondre à diverses exigences (
hygiène rigoureuse , appareillage et équipements adaptés,
personnel de soins en nombre suffisant, qualité de
l'accueil, confort, présence d'un parc thermal donnant accès
à la Nature environnante, etc… ). L'hébergement offre un
éventail de possibilités selon l'âge et la santé du curiste.
L'hôtellerie constitue la structure d'hébergement de base
.Outre l'agrément et le confort, elle doit tenir compte de
la spécificité sanitaire et thermale. Le meublé (villa,
appartement, studio) représente un mode d'hébergement
recherché par un pourcentage notable de la clientèle
thermale. Lorsque le curiste vient en famille, c'est pour
lui un mode d'hébergement plus économique , offrant une plus
grande souplesse dans les horaires et offrant la possibilité
d'une poursuite de la diététique familiale. Une charte
nationale des meublés a été acceptée par les pouvoirs
publics et adoptée par la fédération Française de location
en meublés . Elle impose des conditions définies pour chaque
catégorie de meublés et offre de sérieuses garanties aux
curistes. Parmi les autres formes d'hébergement offertes on
peut citer : le Thermotel ou motel thermal ( service
d'hébergement intéressant permettant la mise à la
disposition du curiste d'une ou plusieurs chambres avec
kitchenette. L'ensemble des locataires pouvant bénéficier de
services communs : restaurant diététique , jeux , télévision
, etc… ), l'hébergement en ferme-hôtel, le camping
caravaning, les maisons familiales, etc… Le secteur de
l'hébergement est affecté par une triple évolution : a- la
rénovation de l'hôtellerie ( fréquent regroupement sous un
label) . Celui-ci peut être propre aux stations thermales
quand la société qui possède des hôtels participe aussi à
une structure comme la Chaîne Thermale du Soleil,
Promothermes , etc… Il peut être aussi non spécifique et
développé ailleurs ( Logis et Auberges de France ), b-la
rationalisation et la modernisation de l'offre en meublés
avec l'intervention de promoteurs privés au moyen de
propositions de logements en nouvelle propriété (Pierre et
Vacances par ex. -) , c- le développement d'hébergements
légers (un secteur jusque la assez marginal dans les
stations thermales mais adapté à la fréquentation estivale
et à des clientèles aux motivations diverses mais qui ont en
commun le désir d'autonomie ( caravanes, parcs résidentiels
de loisirs, … ).
Sur stations affiliées en 1992 au Syndicat national des
Etablissements Thermaux , 50 se situent dans une ville (
définition INSEE ) et 12 sont proches du seuil minimum ou le
dépassent si l'on inclut dans le volume de la population
d'accueil l'équivalent annuel de la fréquentation (nombre de
curistes X 21 jours/365 ).Cette constatation confirme
l'affirmation de JAMOT : " … Le thermalisme a la chance
d'être un tourisme en milieu urbain … La ville offre un
cadre de vie essentiel , d'un intérêt touristique sans cesse
renouvelé, et cet attrait est évident et direct…Il procède
du même type que celui qui s'exprime dans les grandes villes
..En plus pour une clientèle âgée le fait urbain est un
caractère indéniable de sécurité" ( p. 25 ).
On distingue plusieurs types de stations thermales. La
classification la plus souvent évoquée est celle de JAMOT :
-Les " villes thermales mono-fonctionnelles "qui petites, "
constituent par leur unité un modèle pur de ville
touristique ". Elles sont 19 dans ce cas en France.
-Les " villes pluri-fonctionnelles au thermalisme dominant
". La fonction thermale a joué un rôle d'entraînement pour
des activités secondaires ( embouteillage en particulier) et
surtout des services. Ce type regroupe 16 stations.
-26 sont " des villes pluri-fonctionnelles ou le thermalisme
n'est qu'un élément secondaire ", voire mineur.
-Il faudrait ajouter les stations villages où le centre
thermal prend place dans une collectivité réduite et
diffuse. Le centre thermal y fonctionne sans effet
d'animation sur l'environnement.
8-Le thermalisme français aujourd'hui
Avec plus de 6 milliards de francs de chiffres d'affaires,
près de 700000 curistes, 106 stations et une expansion
relativement continue au rythme variable de 1 à 5% par an ,
le thermalisme français en apparence se porte bien. Mais son
évolution qualitative très particulière à la France se fait
selon un axe de plus en plus étroit et peu porteur d'avenir
: celui d'un thermalisme uniquement médical et social, très
étroitement accroché aux remboursements de la Sécurité
Sociale.
L'essentiel des cures se prend en été et généralement sur
le temps des vacances ( la fréquentation des stations
thermales est concentrée sur 5 mois , de mai à septembre.
Mais les mois de juin, juillet et août attirent 64,7% des
curistes. Les villes d'eau et la belle clientèle qui ont
fait depuis le Second Empire et pendant des décennies le
renom du thermalisme français ont rapidement décliné après
la Seconde Guerre Mondiale et ont pratiquement disparu au
seuil des années 60. Le nombre des curistes est passé de
633546 en 1989 à 608887 en 1994 soit une baisse de 3,9% au
cours des cinq dernières années ( 358000 en 1965 , 493000 en
1975 , 620000 en 1985).Le nombre d'accompagnants a tendance
à diminuer . La plupart des curistes français ne peuvent
être considérés comme de simples malades ( ils ne sont ni
grabataires ni impotents ) mais victimes de maladies
chroniques ou de troubles altérant leur genre de vie sans le
rendre, pour autant, impossible. Ces curistes choisissent
librement le lieu de leur cure. Souvent le curiste potentiel
propose lui-même à son médecin traitant d'effectuer une cure
dans une station dont il a entendu vanter les bienfaits (
ouie - dire ou publicité ). La Sécurité Sociale ( qui
dispose théoriquement du droit d'imposer la station la plus
proche du domicile ) entérine généralement ce choix ce qui
place les stations en état de forte concurrence et en
situation d'émulation réciproque pour attirer le maximum de
clientèle . La concurrence entre stations est rude pour
atteindre un seuil de rentabilité en se partageant une
clientèle au total assez limitée .En 1992 l'ensemble des
établissements dacquois enregistre 56203 curistes, Aix -
les- Bains 45321 mais au total 19 stations en ont reçu plus
de 10000 , 15 entre 5000 et 10000 contre 43 de 1000 à 5000
et 17 au dessous … Les choix individuels se déterminent
aussi par des différences d'environnement médical : la prise
en charge psychologique et matérielle du patient,
l'architecture et la fonctionnalité des lieux, la qualité
des services annexes, l'animation interne …Cela est encore
plus vrai lorsque la même ville recense plusieurs
établissements thermaux dotés de la même fonction. Ainsi à
Dax 17 établissements se font concurrence en rhumatologie
alors que seule la compagnie thermale dispose d'un créneau
annexe ( en gynécologie ).Ce sont les à - cotés, les
activités annexes offertes au curiste qui vont déterminer et
pérenniser le choix du curiste .
Les flux de touristes se concentrent dans les stations
thermales les plus importantes (ou du moins celles capables
de consentir l'investissement marketing le plus performant)
. En 1993 les quinze premières stations françaises
concentraient plus de 53% du total des curistes .
Traditionnellement la cure dure 21 jours ( 15 jours en
Italie et 4 semaines en Allemagne ) pour les 9 / 10 des
curistes français .Pour les stations c'est un avantage
énorme ( en station de sports d'hiver la durée moyenne de
séjour est d'1 semaine et en station balnéaire elle ne
dépasse pas 15 jours !! ). Aujourd'hui à l'exception des
stations pour enfants ( la population enfantine diminue, 15
% en 1968 et 11, 6 % en 1990 )) , 60 % des curistes ont plus
de 60 ans ( la clientèle des plus de 65 ans représentent
plus de 25 % des curistes alors que ces derniers ne
constituent que 16 % de la population totale ), 80 % sont
constitués de retraités , les 2 / 3 sont des femmes Les
femmes du 3ème Age représentent 15 % du total des
curistes ) , 95 % sont assurés sociaux dont un tiers est
dispensé du ticket modérateur. Il en résulte quasi-
automatiquement que les stations sont pour la plupart des
villes tristes, peu animées , désertes hors - saison et
fortement typées 3ème âge/faibles ressources. La longueur du
séjour incite la clientèle à rechercher un confort maximum
mais la relative faiblesse de ses revenus explique que
l'hôtellerie dépasse rarement les deux étoiles et que
l'essentiel des curistes vit en meublé ou chez l'habitant
n'utilisant que peu les restaurants et les lieux distractifs
possibles (les meublés représentent 41 % de l'hébergement en
stations thermales ( 34 % pour la France entière tous
secteurs touristiques confondus ) et les hôtels 31 % (
contre 25 % pour la France entière ).
Enfin les espoirs fondés sur la clientèle de remise en forme
ont été largement déçus, moins de 50000 forfaits annuels
vendus au cours des dix dernières années. Dans les années
70-80 parallèlement au recentrage de la crénothérapie, de
nouveaux produits avaient émergé qui ne s'apparentaient plus
à la cure de trois semaines remboursée par la Sécurité
Sociale: c'étaient les produits " remise en forme". Les
facteurs de départ reposaient sur une triple constatation :
- les français face à la maladie avaient de plus en plus
recours à des modes de traitement multiples (34% utilisent
la phytothérapie , l'homéopathie et les médecines douces ),
- Au niveau des mentalités collectives on notait un refus de
l'érosion du corps, - Enfin sous des influences diverses les
français recherchaient de plus en plus des vacances moins
longues et pas très onéreuses .
Le séjour de remise en forme dure de 1 à 2 semaines.
Plusieurs options sont possibles : - une remise en forme
globale de l'organisme physique et psychique, - une action
plus spécialisée qui favorise la régénération de l'individu
(soins de beauté , lutte efficace contre l'obésité ou
l'embonpoint ), - certains clients associent aussi l'action
purificatrice de l'eau d'une cure à la pratique d'un sport
afin de restaurer leur équilibre . La déconnection de la
Sécurité Sociale oblige à un calcul sérieux des coûts et à
un ciblage précis de la clientèle. Ces nouvelles approches
se sont développées autour de plusieurs thèmes : forfait
ligne à Contrexéville , passeport pour la forme à Vittel ,
cure anti-tabac à Marlioz …Ce sont toujours des produits
complets, variés, vendus en package et incluant l '
hébergement. Ils permettent d'allonger la saison , de
valoriser l'environnement (climat , paysages et équipements
) et ils peuvent complètement changer l'image de la station
comme le " club Méd " l'a fait pour Vittel . Ils obligent
aussi à changer certaines mentalités ou attitudes : la
clientèle ne vient plus envoyée par le corps médical , elle
doit être prospectée et attirée … Cependant au terme de deux
décennies il semble que le marché de la "Remise en Forme "
connaisse , sinon une phase de récession, durant une période
durable de stagnation marqué par un essoufflement certain .
Une partie de ces difficultés étant liée à la concurrence
exercée dans le domaine de la "Remise en Forme" par la
Thalassothérapie.
cet appauvrissement de la clientèle correspond celui du
champ médical. L ' effort de promotion et de modernisation
technologique portant essentiellement sur les médicaments
soutenu par les laboratoires, l'appareil hospitalier et le
corps médical, le thermalisme souffre en retour d'une
discrédit croissant : le nombre d'orientations
thérapeutiques porteuses d'avenir diminue, tandis
qu'augmentent les modes de traitement concurrents. Des
sondages récents sont révélateurs du manque de crédibilité
du thermalisme français, ou plutôt de la connaissance
imparfaite que peuvent en avoir aussi bien le corps médical
que le public. 90% des médecins sont persuadés de
l'efficacité des cures thermales mais seulement 25% en
prescrivent régulièrement à leurs patients. Cette situation
ne pourrait être améliorée que par un développement de
l'enseignement de la crénothérapie dans les facultés de
médecine. Quant au monde scientifique il se caractérise par
une attitude d'attentisme ou de prudent scepticisme. Pour
certains scientifiques la crénothérapie n'est pas adaptée
aux progrès récents de la médecine. Ils estiment ,
probablement à raison, d'établir de nouvelles bases à cette
discipline et donc de multiplier les expérimentations de
manière à pouvoir juger de l'efficacité du traitement
thermal sur des preuves objectives . Quant au public il est
, en général, peu informé même si sa faveur spontanée se
porte vers les thérapeutiques naturelles . Cette tendance,
renforcée par la vogue écologique, demeure très insuffisante
.
Le Thermalisme soit devient alors le " traitement de la
dernière chance " soit s'engouffre dans la voie royale de la
rhumatologie quelles que soient d'ailleurs les qualités
initiales de l'eau. Les médecins spécialistes ont quitté les
stations et l'enseignement proprement thermal a quasiment
disparu des facultés.
Contrastant avec ce tableau la plupart des établissements ne
sont pas vétustes, mais ont procédé au contraire à
d'importants travaux de modernisation voire d'extension. Cet
effort d'investissement qui semble du à la concurrence pour
capter la clientèle et aux exigences nouvelles des règles
d'hygiène, se traduit pour les établissements par des bilans
extrêmement chargés en amortissements. L'insuffisance des
tarifs a abouti, pour la plupart d'entre eux, à un lourd
endettement .
L 'Etat propose son aide technique et financière par les
contrats de plan. Les offres ont porté sur la
restructuration des établissements thermaux afin de les
rendre plus fonctionnels, plus animés et plus conviviaux,
sur la modernisation des soins et des pratiques médicales et
paramédicales, sur la réorganisation du cadre urbain , sur
l'animation, etc … 38 stations ont bénéficié pour le IXe
Plan d'une aide globale de 102,2 MF, trois autres ont émargé
au Xe Plan : Bagnols de l'Orne, Luxeuil et le bassin thermal
de l'Est. La situation financière délicate de beaucoup de
stations a conduit également à une implication financière
croissante des collectivités locales qui prêtent,
subventionnent, voire prennent en charge les établissements.
Cela créé d'ailleurs une inégalité grave parmi les
établissements entre ceux qui sont obligés de se limiter aux
circuits privés de financement et ceux qui peuvent recourir
à des deniers public.
9-Les entreprises françaises de thermalisme et leur
positionnement sur le marché
France compte six chaînes thermales : La chaîne thermale du
Soleil, Eurothermes, Promothermes, Thermafrance, La
Compagnie Européenne des Bains et Thermalliance.
Ce concept de chaîne thermale recouvre des réalités
juridiques, financières et commerciales très diverses .Dans
certains cas il s'agit de groupes intégrés possédant tout ou
partie de leurs établissements en pleine propriété et dans
d'autres il s'agit de concessions, de mandats de gestion ou
encore de labels professionnels ou commerciaux.
Les deux principaux groupes thermaux français : la Chaîne
Thermale du Soleil et Eurothermes ont accueilli 182300
curistes en 1994 dans 22 stations et réalisés un chiffre
d'affaires de l'ordre de 400 MF. Premier groupe français la
Chaîne Thermale du Soleil (107000 curistes en 1994) a tout
juste réussi à retenir ses parts de marché depuis le début
des années 90. Ce groupe est confronté à de fortes
turbulences liées à une série d'accidents (
Barbotan-les-Thermes , Gréoux-les-Bains ) et à une politique
mal maîtrisée de surinvestissement qui a bouleversé son
équilibre financier .
La station de Gréoux-les-Bains 26424 curistes en 1994) n'a
jamais pu retrouver sa fréquentation antérieure à l'accident
de 1988 ( soit 36393 en 1983 ). L'autre station phare du
groupe Amélie-les-Bains dans les Pyrénées - Orientales est
confrontée à une stagnation de sa fréquentation depuis
plusieurs années ( 31265 curistes en 1994 ).
L'autre géant du thermalisme français le groupe Eurothermes
qui a accueilli 75400 curistes dans 9 stations en 1994 a
enregistré une chute de sa fréquentation de 12,3% depuis 5
ans et cela malgré la reprise de nouvelles stations :
Bagnères-de-Bigorre ( Hautes-Pyrénées ), Aix-en-Provence
(Bouches-du-Rhône ) et Digne-les-Bains ( Alpes de haute
Provence ). Ce groupe a du se retirer récemment de la
station thermale d'Aix-en-Provence en raison de la capacité
insuffisante du gisement thermal.
Les groupes Promothermes et Thermafrance ont enregistré sur
la période 1990-1995 une chute significative de leur
fréquentation respectivement de - 12,2% et - 5,2% .
Seule la Compagnie Européenne des Bains connaît une
croissance très forte de sa fréquentation , soit + 20 % de
1989 à 1995 avec un nouveau concept de développement de
stations petites et moyennes orientées vers le marché de la
remise en forme.
En conclusion on peut affirmer qu'en 1997 le thermalisme
français présente de nombreux atouts mais souffre aussi de
nombreux handicaps structurels.
1-Des atouts indéniables :
-Un potentiel hydrothermal important : 106 stations en 1995,
-un système de prise en charge et de remboursement de cures
encore relativement attractif, -une clientèle fidèle plutôt
relativement satisfaite de l'offre actuelle, -l'existence de
perspectives d'élargissement du marché au niveau curatif mis
aussi préventif , -une dynamique créée par l'émergence
grands opérateurs thermaux, -le succès du partenariat
public/privé au niveau de certaines régions thermales
(Thermauvergne par exemple), -un potentiel touristique
encore insuffisamment exploité
2-Mais aussi des handicaps multiples :
-une inadéquation de l'offre et de la demande qui créé u
problème de crédibilité et de positionnement ,-une offre de
soins et d'hébergements qui ne permettra que difficilement
une ouverture vers d'autres clientèles,-une forte dépendance
vis à vis de la Sécurité Sociale , -une clientèle âgée trop
fidèle qui se renouvelle difficilement , -une image négative
, souvent désuète et trop proche de l'hôpital, -un corps
médical prescripteur mais toujours insuffisamment informé,
-un professionnalisme inégal, -une profession trop éclatée
et mal organisée .
L'environnement du thermalisme social est assez paradoxal,
il rend particulièrement ardue une prévision objective de
l'avenir de ce secteur . Divers éléments doivent être pris
en compte : - la progression des dépenses de santé des
ménages malgré les incitations à la modération des pouvoirs
publics en direction des médecins en particulier le récent
plan de réforme de la Sécurité Sociale, - la stagnation du
pouvoir d'achat des ménages , - l ' évolution prévisible de
la santé publique à l'horizon des années 2006 - 2016, - le
développement des préventions et du " business prévention ",
- la transformation des mentalités et des modes de vie (avec
une importance accrue accordée au corps, à la forme, à
l'apparence ; l'allongement de la durée de la vie et le
vieillissement de la population et la sortie de plus en plus
précoce de la vie professionnelle ) .
Il existe encore des possibilités de développement du marché
thermal, la preuve en est la faible internationalisation
actuelle du thermalisme français ( 1 % de curistes étrangers
contre 20% en Italie), l'existence d'un potentiel important
de rhumatisants représentant près de 15 millions de
personnes . Il importe donc : - de faire partir plus ceux
qui partent déjà par exemple dans le cadre de séjours
d'entretien et de prévention, de mini-cures .Ces nouvelles
cures seraient soit financées totalement par le consommateur
soit partiellement par de nouvelles formules de prise en
charge publiques ou privées (par exemple sur le modèle
allemand, (voir ci-dessous : le Thermalisme à l' Etranger )
, - conquérir des clientèles sur des cures libres plus
courtes et sur des cures de qualité ( selon des enquêtes
récentes 70% de la clientèle exige des cures de 12 à 14
jours ) , - accueillir de nouvelles clientèles étrangères .
A terme , à l'horizon du premier quart du XXIe siècle , on
envisage un remodelage de la physionomie du thermalisme
français : 70% de curistes assurés sociaux, 20% de curistes
libres et 10% de curistes étrangers .
Dans ce contexte il est indispensable d'envisager une
transformation des produits thermaux : -développement de
stations thermales péri-urbaines, - renforcement du
dynamisme des stations "sudistes " ( Dax dans les Landes et
Balaruc dans l'Hérault connaissent un fort développement
depuis quelques années … ) , - spécialisation des stations
sur des créneaux porteurs ( ex. - : rhumatologie ) qui
pourraient représenter 80% de la clientèle d'ici l'an 2000.
10 - Thermalisme et Tourisme pur
Les stations thermales sont souvent des plaques tournantes,
centres de diffusion des touristes vers les sites
touristiques proches et vers d'autres lieux de séjour. Elles
prennent souvent la direction de l'aménagement touristique
régional, contrôlant les investissements (hôtels et
équipements divers ) ainsi que le commerce de gros et
proposant leurs services . Aucune forme de tourisme
n'échappe aux stations thermales
Chronologiquement le tourisme lacustre s'est développé le
premier sous forme " spontanée " à Aix - les- Bains ou Evian
sur les rives du lac du Bourget ou du Léman . Parfois la
station s'équipe volontairement dans ce domaine . C'est le
cas de Vichy avec son lac sur l'Allier. A la fin du XIX e
siècle le tourisme lacustre généré par le thermalisme avait
donné naissance à de grands aménagements à une époque où le
capitalisme conquérant cherchait à étendre son action à tous
les domaines du Tourisme. Des quais - promenades furent
aménagés ( quai Baron de Blonay à Evian-les-Bains), des
ports furent construits à Aix-les-Bains et Evian-les-Bains.
Ces structures furent confrontées à une phase de
vieillissement dans les années 30 sous l'effet de la
concurrence des stations balnéaires . Ces stations thermales
lacustres connurent une phase de relance dans les années 60.
De nouveaux complexes de loisirs fondés sur des équipements
lourds se développèrent ( ports de plaisance, plages et
campings ) ( ex.- : aménagement des rives du lac du Bourget
à Aix-les-Bains ). Ce mouvement d'urbanisation en " front de
lac " s'inscrit dans la stratégie de diversification des
activités touristiques adoptée par beaucoup de stations
thermales . Il s'est traduit par de nombreux aménagements :
base du lac de l ' Uby à Barbotan-les-Thermes, plan d'eau de
Divonne-les-Bains, petits lacs équipés à Forges-les-Eaux et
Enghien-les-Bains , prise en compte des plans d'eau du
Verdon dans la stratégie de développement touristique de
Gréoux-les- Bains .
Le thermalisme est indirectement à l'origine de la
découverte de la haute - montagne ( au début du XX e siècle
et dans l ' Entre- Deux- Guerres ) et de l'essor concomitant
de l'alpinisme en particulier dans les Pyrénées où dans
beaucoup de stations le lien historique thermalisme / "
pyrénéisme " est évident ( Barèges , Luchon , Cauterets ) .
Ces mêmes stations thermales peuvent être à l'origine de la
création d'équipements pour la pratique des sports d'hiver
.Beaucoup de stations thermales sont aussi des stations de
sports d'hiver dites de première génération. Après 1945 les
stations thermales ont relancé la pratique des sports d'eau
( ex. : Barbotan ). D'autres se sont tournées vers le
tourisme vert développé quasi - spontanément au contact du
Monde rural ( Chaudes Aigues et Saint Nectaire ) .
Aujourd'hui la plupart des stations ont adopté une stratégie
de développement touristique polyvalente ( tourisme sportif
(golf ) ) , tourisme de congrès , tourisme culturel (
festival et opéras ) , tourisme de jeux ( casinos ) ,
tourisme en milieu urbain ( visites de monuments et de
musées ) .
- Les conceptions thermales à l ' Etranger
La pratique des eaux thermales n'est pas uniforme et on
accorde plus ou moins de crédit à ces techniques selon les
pays.
A -Le Thermalisme en Europe occidentale
1-Un exemple à méditer : la mort du thermalisme britannique
En 1990 le Royaume-Uni ne disposait que d 'une seule station
thermale en activité : Leamington ( 5500 curistes ). Bath,
ville thermale modèle du XVII e / XVIII e siècles avait
fermé les portes de son établissements de bains en 1976.
Cette situation est d'autant plus aberrante que le pays
dispose de ressources thermales importantes et que les eaux
ont été largement valorisées aux siècles passés.
Jusqu'en 1914 le pays comptait une trentaine de stations
thermales dont certaines avaient une renommée
internationale. En 1885 Bath recevait 80000 curistes . En
1890/1900 Llandrindod Wells ( Pays de Galles ) accueillait
80000 curistes par an. Une stagnation est survenue à partir
des années 20.Harrogate assurait 100000 traitements en 1900,
120000 en 1927 et seulement 90000 en 1938. La crise fatale
est intervenue après 1945. La cause principale est
probablement l'engouement des médecins anglais pour la
chimiothérapie et leur combat contre les techniques
curatives anciennes à caractère jugé trop manichéen.
L'établissement thermal était dès lors considéré comme une
simple annexe de l'hôpital.
2 -Les conceptions étendues germaniques et italiennes
L'Allemagne
Les pays de civilisation germanique (Allemagne, Autriche et
Suisse) forment un bloc homogène sur le plan de la
conception du thermalisme .
La protection sociale a été précoce en Allemagne . La
Sécurité Sociale existait depuis la fin du XIXe siècle. Les
différentes caisses admettaient la cure thermale comme une
cure climatique . Le thermalisme entre dans un vaste système
de santé qui reconnaît la validité et l'efficacité de ses
méthodes. Cependant la cure thermale y est en concurrence
avec divers autres types de cures hydriques : les cures par
boues non minéralisées, les cures par tourbes , les cures
par sable, les cures d'air et jamais une formule de soins
n'est exclusive dans une station.
En 1952 100 000 cures étaient prises en charge en Allemagne
. Les curistes sociaux représentaient 60 à 80 % de la
clientèle et le potentiel d'accueil des stations allemandes
dépassait 185 000 lits. La prise en charge des cures est
plus éclatée qu'en France . Différentes caisses soutiennent
le thermalisme. En France les cures sont remboursées au
titre de l'assurance - maladie alors qu ' en Allemagne elles
le sont au titre de l'assurance sociale invalidité,
l'assistance aux infirmes de guerre, l 'assurance accidents.
Il existe aussi des caisses maladies de syndicats et des
caisses gérées par les corps de métiers. Les organismes
sociaux germaniques ont une action supérieure à celle de
l'assurance - maladie française . Ils assignent au
thermalisme un champ large : comme en France les maladies
chroniques et allergiques mais aussi la prévention de
certaines maladies, l'accueil des personnes en post-cure ,
les cures de repos et de détente. Dans ces conditions la
contingence saisonnière s'estompe .
Le séjour combine la cure classique et des activités
intégrées en France au para thermalisme : entretien complet
du corps ( massage à sec, natation, sauna, bains aux
essences de plantes, etc … ) . On accorde aussi beaucoup
d'attention aux bienfaits procurés par l'environnement .Ils
sont considérés comme des facteurs curatifs réels . C'est
ainsi que l'on a conservé le cadre urbain qui faisait la
grandeur de stations du XIX e siècle : kiosque à musique ,
concours hippiques, opéras, festivals musicaux, etc… On
prend aussi en compte l'environnement naturel : la beauté
des paysages, la gastronomie locale, le folklore, … Au
niveau de l'hébergement l'accueil est de type para-
hospitalier : on rencontre des hôpitaux thermaux et surtout
des maisons de cure appartenant souvent aux organismes
sociaux . Elles leur permettent de contrôler les prises en
charge accordées. L'inconvénient majeur de ce type
d'hébergement réside dans la création de ghettos thermaux,
spatialement isolés , tristes et sans vie. Le quartier
thermal étant souvent une annexe marginale de la ville.
L'Italie
En Italie les conditions de développement du Thermalisme
sont classiques. Avant 1939 la situation de ce secteur est
brillante. En 1938 on compte 37 stations affiliées au
Syndicat Autonome de Cure et de Séjour .Elles enregistrent
320000 arrivées 4 millions de nuitées. En 1945 une
vigoureuse politique sociale draine une nouvelle clientèle
vers le Thermalisme. Le système social italien reconnaît la
valeur du thermalisme comme thérapeutique. Le bénéfice de
l'assurance sociale lui est étendu ( les 2/3 de la clientèle
bénéficient d'une assistance ). Pour le curiste la charge la
plus élevée est l'hébergement , d'où le rôle important tenu
dans ce domaine par les pensions de familles au détriment
des hôtels classés. La conception italienne du thermalisme
est proche de celle de l'Allemagne. Le Thermalisme a trois
buts reconnus par le corps médical : - la prévention, - la
cure de certaines conditions pathologiques, - le traitement
en cours de convalescence. La cure comporte une partie
importante de para- thermalisme ( massages et gymnastique )
.
b-L'Europe de l'est : le tourisme social de santé
L'Europe de l'est possède un potentiel thermal
impressionnant et en croissance surtout l'ex-URSS. Ce
thermalisme dispose de moyens importants . La clé de voûte
est l'importance donnée à la recherche. La crénothérapie
fait partie intégrante de la recherche scientifique. Ainsi
en Russie l'Institut central de Recherches Médicales en
Balnéothérapie et Physiothérapie regroupe plus de 600
chercheurs. Il forme les cadres des stations et assure le
recyclage des personnes médicaux.
Par ailleurs l' ex-URSS avait développée une grosse
infrastructure de dépistage et de prescription thermale. Le
thermalisme y était enseigné dans les facultés de médecine (
9000 médecins et 25000 auxiliaires médicaux spécialisés dans
ce domaine en 1990 ).Un système d' hôpitaux thermaux très
complet avait été mis en place par les autorités soviétiques
dans l'ex-URSS et ses états satellites . Le rôle assigné au
thermalisme en Europe de l'Est est multiple : - soigner les
maladies chroniques, - suppléer les médicaments sophistiqués
qui font souvent défaut, - le thermalisme est utilisé
systématiquement pour la prévention de nombreuses
pathologies, - le thermalisme sert de cadre à de nombreuses
convalescences. Les stations sont polyvalentes mais la cure
elle-même reste très traditionnelle. Il existe peu de
techniques sophistiquées comme en Occident ( pulvérisations
micronisées , instillation , etc …). L'essentiel reste
l'utilisation des bains, les applications de boues,
l'ingestion de boissons. On assiste cependant à un fort
développement du para - thermalisme : massages , gymnastique
, solarium , piscine , etc … En Russie ( et dans l'ex- URSS
) ce n'est pas l' Etat qui gère le secteur de la santé mais
les syndicats. L'adhésion des travailleurs y est massive et
presque obligatoire ( du moins sous le système soviétique !!
). Concernant les structures thermales l'état finance le 1/3
, le reste est à la charge des syndicats . La prise en
charge est aussi l'œuvre des syndicats .Ils assument les
frais de cure ( soins et hébergements dans une proportion de
80% ), le reste est à la charge du salarié. ce sont les
syndicats qui trient les demandes de cure. Dans l'ex- URSS
la sélection se faisait sur deux critères : - les
mal-portants, - les travailleurs méritants. Aucun problème
de saisonnalité ne se posait dans les stations thermales car
la demande étant supérieure à l'offre les syndicats
proposaient des cures étalées sur l'année entière. Les
stations ne connaissaient donc aucun problème de remplissage
(cœfficient de remplissage : 80 à 90% ) . Les conditions de
déroulement sont (et étaient) assez tristes. Les
distractions sont médiocres (minimum de commerces ,
amusements limités , pas de casinos , peu de cinémas .
Seules les activités sportives et les promenades sont bien
développées.
c- Ailleurs … : Rétro-thermalisme et Néo-thermalisme
Le rétro- thermalisme américain
Aux Etats - Unis se sont développés une vingtaine de centres
thermaux (1/3 dans les Appalaches et 1/3 dans les Rocheuses
, le tiers restant se répartissant à peu près également
entre la Floride et le Texas ). Il demeure beaucoup de
ressources thermales inexploitées . Le développement des
stations est récent et pour l'essentiel s'est effectué entre
les deux guerres. La conception de la cure est une
concrétisation de l'image littéraire du thermalisme des
années 20- 30. Les soins occupent peu de place dans la
journée du curiste. L'essentiel c'est la détente dans
l'environnement qu'apporte la station. Le logement se fait
dans de grands palaces rétro et le confort y est à l'
américaine. Des complexes de loisirs très complets sont
associés à l'hébergement ( golf , tennis , équitation , … ).
La clientèle y est aisée et les prix sont souvent fort
élevés. L'image donnée par ce thermalisme est celle de clubs
de luxe plutôt que celle de centres de soins. Parmi les
stations les plus connues : Arlington ( Texas ), Palm
Springs ( Californie ) , Saratago-Springs et Homestead dans
les Appalaches .
Le néo-thermalisme
C'est une forme de thermalisme qui s ' apparente au tourisme
pur. Il est l' apanage des pays neufs et des P.V.D cherchant
des devises . On le rencontre surtout dans le bassin
méditerranéen : Israël, Maroc, Algérie mais aussi en Afrique
tropicale ( Gabon ) . Trois centres de cure existent en
Israël : - Arad, - Mer Morte (on y pratique le soin du
psoriasis par exposition aux rayons solaires et les soins
aux rhumatismes par immersion ), - Tibériade . Le système
d'accueil est très réduit. En général on y trouve un très
bon hôtel thermal ultra- moderne qui assure aussi
l'animation. La clientèle recherchée est toujours aisée
.Elle recherche le dépaysement et l'exotisme à bon compte et
sa démarche est avant tout dictée par la recherche de la
remise en forme. C' est un système qui exclut tout malade
handicapé

C'est à la fin du XIXe siècle que l'utilisation de l'eau de
mer fraîchement prélevée et chauffée a donné naissance à une
discipline nouvelle: la Thalassothérapie terme créé par le
Dr. DE LA BONNARDIERE à Arcachon à la fin du XIXe siècle. La
Thalassothérapie moderne est l'utilisation thérapeutique des
bains de mer ( balnéothérapie ) en association avec
l'influence bénéfique des conditions bioclimatiques créées
elles-mêmes par les relations entre les milieux marins et
terrestres environnants. Il n ' y a de Thalassothérapie
qu'au bord de la mer. Pour la Cour d'Appel de Paris : "la
Thalassothérapie est l'exploitation à des fins curatives des
propriétés combinées de l'eau de mer, de l'air et du climat
marin , cette thérapeutique exige des installations au bord
de la mer , spécialement équipées pour recueillir cette eau
fraîchement puisée, protégée de toute pollution, et édifiées
en des lieux réputés pour leur microclimat ". La Fédération
Mer et santé a donné de la Thalassothérapie une définition
récente ( 1986 ) : "Dans un site marin privilégié la
thalassothérapie est l'utilisation simultanée , sous
surveillance médicale, dans un but préventif ou curatif ,
des bienfaits du milieu marin qui comprend le climat marin ,
l'eau de mer , les boues marines, les algues, les sables et
autres substances extraites de la Mer ."
La Thalassothérapie n'est pas de la balnéothérapie. Il n'y a
pas de Thalassothérapie possible en Montagne ou en milieu
urbain car l'eau de mer , milieu très vivant, n'a qu'une
durée de vie de 24 heures et ne peut être reconstituée. En
Ville ou à la Montagne la balnéothérapie dans des baignoires
bouillonnantes n'a rien à voir avec la Thalassothérapie.
La Thalassothérapie n'est pas du Thermalisme. Il y a souvent
confusion entre ces deux thérapies car elles fonctionnent
avec des soins d'eau souvent similaires : douches à jets,
bains bouillonnants, cataplasmes, boues, etc…Mais à la
différence de l'eau thermale, l'eau de mer est une eau
vivante.
1- HISTORIQUE
De tout temps la mer a été considérée comme bénéfique pour
l'homme. Déjà Homère affirmait que ses héros puisaient leur
énergie dans les fonds marins . En 484 av .J.C selon
Hérodote : " la cure de soleil et la cure de mer s'imposent
dans la plupart des maladies et surtout dans les affections
de la femme" .En 480 av. J.C Euripide dans Iphigénie en
Tauride : " la mer lave les maux de tous les hommes". En 420
av. J.C Hippocrate dans " les affections prurigineuses et
mordicantes " conseillait l'eau de mer chaude en bains ou en
fomentations .Il avait remarqué que les plaies des mains des
pêcheurs ne suppuraient jamais si elles restaient en contact
avec l'eau de mer sans qu'on y touche. Les propriétés du
milieu marin furent acceptées par de nombreux autres auteurs
grecs : Galien, Platon et Aristote.
Les romains ( Caton l'Ancien, Cicéron, Pline Le Jeune )
furent de fervents utilisateurs de l'eau de mer comme
médecine. Un médecin romain Quintus Samonicus exaltait les
propriétés curatives de l'eau de mer dans le traitement des
affections articulaires .
En 1000 on retrouve des idées identiques à celles des gréco
- romains chez divers auteurs parmi lesquels Avicenne . Au
XVI e siècle Amboise Paré recommande les bains d'eau de mer
pour leurs propriétés à la fois réchauffantes ,
astringentes, résolutives , dessicantes et
anti-ecchymotiques . Henri III prenait des bains de mer à
Dieppe pour guérir de certaines " galles " dont il était
atteint.
Au XVII e siècle le médecin anglais Floyer tente les
premiers essais thérapeutiques par l'eau de mer. Au XVIIIe
siècle un autre anglais Russel écrit et publie son ouvrage :
" de table glandularium sine de usu aquae marinae in
morbis glandularium ", ouvrage qui eut un fort
retentissement: " Il faut boire d e l 'eau de mer , il faut
s'y baigner et manger toutes les choses marines où la vertu
s'est concentrée" . En 1778 Lepec de La Cloture ouvre le
premier centre marin sur la plage de Dieppe.
En 1800 est ouvert à Boulogne un centre pour soigner les
rhumatismes et les affections dépressives ; En 1812 un
médecin de Dieppe publie une thèse : " Les effets de la
mer prises par l'intérieur et par l'extérieur sur les
organes cutanés " .En 1847 est créé à Sète le premier
établissement associant le traitement par l'eau de mer à la
cure hélio- marine par Mlle Hisrch (la " Maison Kruger ") .
En 1859 est fondé à Luc sur Mer un établissement marin. Le 2
juillet 1861 est fondé à Berck-sur-mer le premier hôpital
marin par les Drs.Lhoste et Perrauchaud . la période du
second Empire connaît un véritable engouement pour la mer et
ses bienfaits . C'est en 1869 que le Dr. De La Bonnardière
créé le terme de " thalassothérapie " .Dès cette époque
naissent un peu partout des centres ou des hôpitaux ( Nice,
Hendaye, Zuidcoot en Belgique ). En 1899 le Dr. Bagot fonde
à Roscoff le premier vrai centre de Thalassothérapie.
En 1904 René Quinton publie son œuvre magistrale : " l'eau
de mer , milieu organique " et établit l'hypothèse que du
milieu marin est sorti la première cellule vivante. Il est
le premier à comparer le plasma sanguin à l'eau de mer. Au
XIIIe congrès international de Médecine Quinton expose sa
théorie médicale par absorption d'eau de mer, soit par voie
buccale soit par injection intra - musculaire : c'est le
plasma Quinton qui sera utilisé par de multiples générations
de médecins . En 1913 est fondée ne France la première
association internationale de Thalassothérapie dont le 1er
congrès se tient à cannes en 1914. Le 6 juin 1959 est fondée
l'association française de thalassothérapie et en 1959 le
premier syndicat des établissements français de
Thalassothérapie qui réunit les centres répondant aux normes
et aux obligations de cette nouvelle thérapie.
Les années 60 marquent le deuxième départ de la
thalassothérapie . En 1961 Louison Bobet , champion cycliste
a un accident de voiture qui lui occasionne une mauvaise
fracture du fémur. Durant 1 mois il séjourne à Roscoff dans
un centre de rééducation fonctionnelle en milieu marin.
Envisageant sa reconversion professionnelle Louison Bobet
élabore durant son séjour un grand projet d'institut de
Thalassothérapie qui verra le jour en 1964 à Quiberon . Ce
centre est devenu la référence en matière de
thalassothérapie moderne . La thérapie marine n'y vise plus
des grands accidentés mais tout un chacun qui a le souci de
préserver son capital - santé ou se remettre en forme.
2- L ' EAU DE MER : ELEMENT ESSENTIEL DE LA THALASSOTHERAPIE
La Composition
La mer est le plus grand réservoir d'eau minérale de la
Terre. Riche en éléments chimiques et biologiques c'est un
milieu vivant . L'eau de mer est très fortement minéralisée
: elle est chlorurée sodique mais également chlorurée et
sulfatée magnésienne. Comme l'on montré les travaux du Dr .
Quinton l'eau de mer est un véritable plasma sanguin naturel
dont on aurait retiré les albumines et les corps figurés .
Quinton au cours de ses travaux dans son laboratoire du
collège de France fut le premier à transfuser des chiens à
l'eau de mer isotonique. En quelques jours les chine avaient
reconstitué leur patrimoine sanguin propre ( hémoglobine et
éléments figurés ) et en peu de temps leur rétablissement
fut complet. De cette expérience est né le " plasma Quinton
" , véritable soluté d'eau de mer pure qui peut être utilisé
par voie buccale ou en injection.
Tous les gaz atmosphériques se retrouvent dans l'eau de mer
: azote, oxygène, gaz carbonique y compris les gaz rares .
On trouve aussi dans l'eau de mer du plancton ( terme dérivé
du grec " planctos" : " errant " (Hensen , 1886 ) ) qui
désigne l'ensemble des organismes qui flottent dans l'eau de
mer. On distingue généralement le phytoplancton qui se
nourrit de végétaux et le zooplancton qui se nourrit de
proies animales. Les deux variétés de plancton les plus
connues sont les diatomées et les périnidiens. Le
phytoplancton surtout est la plus grande réserve alimentaire
de la planète . Le Dr.Bombard ,lors de sa traversée de
l'Atlantique , l'avait utilisé comme moyen de survie . Pour
être de consommation inoffensive il doit être cependant
traité .
Enfin le milieu marin contient une grande variété d'algues.
Ce sont des êtres vivants appartenant au règne des Plantes ,
classe des Cryptogames, sous-classe des Thallophytes . Leur
caractéristique principale est d'emprunter à l'eau de mer
tous les éléments nécessaires à leur synthèse qu'elles
stockent sous forme ionique: iode, soufre, potassium etc…Par
ailleurs les cellules superficielles de certaines algues ont
la propriété de décomposer par leurs thalles leurs propres
iodures pour émettre de l'iode volatil. Ce phénomène connu
sous le nom de iodo - volatilisation est utilisé en
thalassothérapie.
Les boues marines sont aussi utilisées en thalassothérapie .
On utilise non pas des boues naturelles ( peloses) mais des
boues artificielles : les péloïdes. C'est un mélange
artificiel d'eau de mer avec des matières organiques et
inorganiques résultant de processus biologiques et
géologiques . Les péloïdes utilisés en Thalassothérapie
résultent du contact prolongés avec des sédiments marins (
boues , vases , limons ) plastiques et dépourvus de
pollution . Le contact de maturation dure 6 mois . Les
péloïdes sont utilisés pour leur qualité de grande
minéralisation.
b- Propriétés
L'eau de mer présente diverses propriétés physico-chimiques.
Elle possède d'abord une densité assez élevée.De fait elle
s'échauffe moins vite au contact d'un corps humain immergé
qui lui-même refroidit moins vite que dans l' eau douce.
L'eau de mer a un pouvoir antibiotique envers les bactéries
pathogènes dont elle bloque et arrête le développement. Les
ions contenus dans l'eau de mer ont un pouvoir de
pénétration dans l'organisme Diverses expériences ont
démontré que la peau humaine fonctionnerait comme une
membrane chargée négativement qui absorbe plus ou moins les
anions et en moindre quantité les cations. " Nous pensons
que les téguments laissent passer un certain nombre de corps
chimiques , mais en faible quantité " ( DUBARRY, 1966 ).
Dans certains centres de thalassothérapie il est conseillé
de ne pas prendre de bains ou de douches d'eau douce après
les bains de mer et au contraire de laisser se déposer et
sécher sur la peau les dépôts de sel, voire de prendre deux
ou trois bains de mer par jour suivis chaque fois par un
exposition au soleil. Cette méthode favoriserait a
pénétration cutanée des ions.
La Thalassothérapie est un traitement qui repose sur des
soins en eau de mer non traitée mais réchauffées. L'eau de
la mer est chimiquement intéressante pour l'organisme car
elle contient de nombreux minéraux et oligo-éléments
nécessaires au métabolisme humain. Pour être agissante il
faut qu'elle arrive à la douche en ayant conservé le maximum
de ses qualités originelles. De plus elle doit être
réchauffée et atteindre au moins 34° C car c'est au delà de
cette température que les ions présents dans l'eau
traversent les parois cutanées et pénètrent dans le corps
humain. La durée du bain chauffée ne doit pas excéder 15 à
20 minutes. L'eau de mer présente aussi un intérêt du point
de vue physique. Dans l'eau on se sent léger et dans l'eau
de mer encore plus. C'est l'application du principe d '
Archimède qui veut que tout corps plongé dans un fluide
subisse une poussée verticale, dirigée de bas en haut et
égale au poids du fluide déplacé. De plus la portance
spécifique de l'eau de mer est beaucoup plus importante que
celle de l'eau douce. Le poids d'une personne plongée dans
l'eau de mer est 2,5 fois plus faible qu'en eau douce. Le
poids d'un individu mo |