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  Le Tourisme en Afrique subsaharienne

           

  Généralités


«Tourism in most sub-Sahara African countries is hardly an industry since the tourism infrastructure is weak, tourism organization is poor, and net rescue  is meagre. Almost all tourists arrivals  consist of african nationals, resident abroad, returning to visit friends and relatives, business visitors, and those visiting expatriate residents.The primary vacation or leisure tourism sector is undeveloped “ TEYE V. B , 1991.- Prospects  for Regional Tourism Cooperation  in : MEDLIK S. (Edit.) , Managing Tourism, P.286-296, Oxford, Butterworth-Heinemann Ltd., p.288 )
 

L'Afrique subsaharienne est une immense réserve touristique encore en friche. Cette partie du Monde est encore sous - représentée en tant que destination dans les statistiques du Tourisme international; elle fait figure de parent pauvre. Le tourisme dans cette partie du Monde présente de nombreux traits spécifique des pays sous-développés. Il est vrai que la misère, la famine, la guerre et le sida ne constituent pas la meilleure des invitations au voyage .Le tourisme dans cette région du Monde souffre d'une image globalement négative qui n'épargne guère que les îles de l'Océan indien, dont les traits africains sont d'ailleurs peu évidents.

La part de l’Afrique dans le Tourisme mondial est plutôt faible en regard de la dimension géographique du continent et de sa population. Les arrivées de touristes internationaux sont passées  de 10 millions en 1987, à 15 millions en 1990, 18 millions en 1993  et 20  millions en 1996. Quant aux recettes générées par le Tourisme international elles sont passées  de 3800 millions de dollars en 1987, à 5300 millions en 1990, 6100 millions en 1993 et 7700 millions en 1996. Mais quand ces données sont mises en parallèle avec celles du Tourisme international en général, elles apparaissent comme relativement faibles. Les arrivées sur le continent africain représentaient 2,5% des flux touristiques mondiaux en 1985, 3,3% en 1990, 3,5% en 1993, 3,4 % en 1996. Tandis que les recettes générées par ce même tourisme international passaient de 2,5% en 1980 à 2,2 % en 1985 et à 2% en 1990, 1,9% en 1993 et 1,8% en 1996 . Par ailleurs la plupart des touristes se rendent en Afrique du Nord, en Afrique du sud et en Afrique orientale. En 1996 sur 20 millions d’arrivées de touristes, 36 % se rendaient en Afrique du nord,  30, 5 % en Afrique du sud, 23,9% en Afrique orientale, 8,15% en Afrique occidentale et  1,6% en Afrique centrale.

 Les arrivées du Tourisme mondial s'élevaient à 665933000 millions de touristes en 1999 (455100000 en 1990 et 567381000 en 1994) et les recettes  générées par cette activité à 455000 millions d'euros en 1999 (406317 millions d'euros en 1995 et 439896000 en 1997). A l'échelle mondiale la dispersion des activités touristique se fait pour l'essentiel au profit des pays développés  d'Europe et d'Amérique du nord  qui ont reçu 381 939 000 touristes en 1998 (122027000 en 1995) soit des recettes s'élevant à 229649 millions d'euros en 1998 (120697 millions de $ US en 1995). En contraste l'Afrique  a reçu 25 023000 touristes internationaux en 1998 (7337000 en 1980, 15845000 en 1991, 20327000 en 1995 et 23419000 en 1997) soit des recettes touristes s'élevant à 441255000 euros en 1998 (407317000 euros en 1995 et 439896000 euros en 1997 ).

A l’échelle du contient le Tourisme n’est réellement développé que dans un nombre limité de pays: Tunisie, Afrique du sud, Maroc, Zimbabwe, Kenya, Botswana, Maurice et Namibie. De manière générale le nombre de touristes est relativement faible en Afrique occidentale où les potentialités touristiques sont essentiellement d’ordre culturel, spécialement pour les afro-américains. es paysages spectaculaires de l’Afrique orientale, grands volcans et vastes parcs nationaux, sont absents de l’Afrique occidentale. Sur le continent africain 4 pays captent l'essentiel des flux touristiques: l'Afrique du Sud (4488000 touristes en 1995, 5653000 en 1997, 5 898 000 en 1998), la Tunisie (4120000 touristes en 1995, 4 263 000 en 1997 et 4718000 en 1998), le Maroc (2602000 touristes en 1995, 3072000 en 1997 et 3243000 en 1998), le Zimbabwe (1539000 touristes en 1995, 1495000 en 1997 et 1 984 000 en 1998 ).

Le Tourisme intra africain  reste une activité marginale et informelle et dont le développement est surtout apparent dans les zones frontalières. Dans l’ensemble les données disponibles sont fragmentaires, d’utilisation difficile et elles sont très variables selon les régions du continent. Alors que l’Afrique du nord  reçoit l’essentiel de ses touristes  des autres régions du Monde , l’Afrique du sud génère des flux touristiques internes importants (surtout la république sud-africaine et le Botswana ).Il faut probablement y voir une conséquence du développement économique de l’Afrique du sud. Une grande partie des déplacements intra zone s’expliquent par des migrations temporaires de travail ( mines et docks recrutant une main d’œuvre peu qualifie) et déplacements d’affaires.

Un grand nombre de déficiences économiques structurelles caractérise la plupart, sinon la totalité , des pays de l'Afrique subsaharienne : économie de base peu diversifiée, dépendance étroite à l'égard d'un nombre réduit de produits à l'exportation, détérioration des termes de l'échange, pression démographique, instabilité politique, la pauvreté chronique, la criminalité importante, la détérioration de la situation sanitaire. A ces facteurs il faut ajouter des déficiences structurelles profondes touchant spécifiquement le domaine de l'activité touristique, et en particulier celui des équipements, des infrastructures hôtelières et des moyens de transport : l'insuffisance de travailleurs qualifiés, la faiblesse de l'infrastructure institutionnelle de planification touristique, la corruption généralisée, la distance importante séparant nombre des destination des marchés émetteurs. Par ailleurs les tours - opérateurs et autres prestataires de services sont, dans la quasi-totalité des cas des entreprises des pays émetteurs du nord qui détournent, à leur profit une part notable des bénéfices que les pays récepteurs pourraient attendre de l'activité touristique. Enfin l'architecture subsaharienne est pauvre en monuments anciens  et en patrimoine architectural urbain. A la différence de l'Égypte et du Maghreb, rien qui prédispose ces régions à développer un tourisme culturel de masse. L'Éthiopie avec les ruines d'Axoum, les forteresses de Gondar et les églises rupestres de la région de Lalibela  possède un patrimoine d'importance notable, mais les difficultés d'accès aux lieux de visite et l'absence d'infrastructures  hôtelières en limitent considérablement l'accès. Les conditions sont globalement défavorables au décollage d'un tourisme de masse international car l'image du continent reste globalement négative auprès du public dans les grands marchés touristiques.

 

 

Pour la majorité des européens l'attrait de l'Afrique subsaharienne réside essentiellement  dans les paysages et la faune. Pour les habitants des grands pays industriels, l'image positive de l' Afrique réside pour l'essentiel dans cette d'un continent offrant l'image d'une Nature originelle. Cette perception a été largement amplifiée par les médias: outre le personnage mythique de Tarzan, on peut aussi citer, dans un registre différent, les articles de Diane  Fossey dans " National Geographic " et le film "Gorilles dans la brume". Cette image relève cependant en grande partie du mythe car le continent africain a perdu, ces dernières décennies, une grande partie de son potentiel faunistique .Certaines espèces sont menacées d'extinction à court terme et d'autres ont vu leur territoire se restreindre considérablement. Nombreuses sont les espèces animales qui ont payé un lourd tribut à l'extension des terres cultivées, au développement d'une chasse peu contrôlée ajoutée à une efficacité accrue des armes à feu et à la multiplication récente des guerres civiles. Les premières mesures conservatoires furent prises dans les années 20: réglementation de la chasse, créations de réserves naturelles puis de parcs nationaux. Les états africains devenus indépendants reprirent à; leur compte ces politiques de sauvegarde des milieux naturels. Mais dans beaucoup de pays l'arsenal juridique est resté pendant longtemps lettre morte par manque de volonté politique et faute de moyens .Par ailleurs la croissance démographique et la proximité des lieux habités font peser des menaces constantes sur un grand nombre de ces espaces naturels protégés. Les résultats dans le domaine de la protection de la Nature diffèrent en fait beaucoup selon les pays et les administrations concernées. Les pays d'Afrique orientale et australe  combinent le double avantage d'un potentiel faunistique très riche et d'un tradition anglo-saxonne militante en matière de protection de la nature. C'est le "Tourisme de vision" qui correspond à la plus grand part du potentiel touristique de l'Afrique orientale et australe. Le safari représente le produit touristique le plus original de ce tourisme africain, l'appareil photographique et la caméra ayant remplacé le fusil. Le Kenya, la Tanzanie ( Parc du Serengeti) et l'Afrique du sud (Parc Krueger) ont fait de cette forme de tourisme une de ses principales ressources. Dans les lieux où la découverte de la faune est moins spectaculaire, le Tourisme valorise l'environnement global en associant la découverte de la faune et de la flore à celle de l'activité indigène avec, parfois, des formules proposant l'hébergement en village.

 

Église de Lalibela ( Ethiopie )

 

L'Afrique Noire possède aussi un atout encore largement inexploité  : celui de la " tropicalité " et du soleil. Un pourcentage croissant d'européens recherche des séjours d'hiver dans les pays chauds. Or l'Afrique noire reste encore un "nain " face à des pays comme la Thaïlande, à des régions comme les Antilles ou les îles du Pacifique. Les complexes touristiques balnéaires sont rares ( côte kenyane, côte sénégalaise , environs de Nosy Be ( Madagascar). Certains projets d'aménagement touristique littoral ont avorté en raison du déclenchement de la guerre.

En Afrique le tourisme est une activité spatialement très concentrée. Le Tourisme tend (parfois de manière délibérée) à se concentrer dans des enclaves séparées des communautés autochtones. Le phénomène de l’enclave touristique (du «ghetto») est largement répandu en Afrique. Comme Poirier et Wright le notent (1993) cette pratique rend les rapports entre touristes et culture indigène « packaged rather than spontaneous, contrived rather than original,whether in terms of organized exhibitions or mass-produced artefacts » (POIRIER  R.A  & WRIGHT S., 1993, -The political economy of Tourism in Tunisia, Journal of Modern African Studies  vol.31 n°1, p.149-162, p. 162 ).En Tunisie les enclaves touristiques sont localisées le long de la Méditerranée. La  majorité des hôtels  se sont construits dans les environs de Tunis, le long des plages  de Hammammet-Nabeul, dans le «  Sahel »et dans les îles de Djerba Gabès. En Égypte le Tourisme  est largement centré sur Louxor, Le Caire, Assouan, Abou Simbel, Alexandrie, Suez, Le Sinaï et Hurghada. En Gambie  le tourisme est restreint  aux plages atlantiques près de Banjul. Il en est de même au Kenya où le Tourisme est localisé en position surtout littorale à Mombassa, Malindi, Nairobi et dans les parcs et les réserves de l’arrière-pays .Ce phénomène de concentration spatiale aboutit à un phénomène de répartition à l’identique des emplois liés au Tourisme. En raison du caractère saisonnier de ces emplois les gens habitant dans les régions sont quasi-exclusivement concernés par le phénomène.

La stabilité politique est un acteur particulièrement apprécié des touristes. a stabilité politique est un facteur décisif d’attractivité touristique d’où l’importance du respect des droits de l’Homme et de la gouvernance interne des pays. Il est probable que seuls les pays mettant en pratique des idéaux démocratiques ,adhérant à la légalité et respectant les droits de l’Homme seront à même de maintenir la stabilité politique qui constitue un préalable incontournable du développement touristique. Or l’Afrique subsaharienne peine à sortir de la tourmente.

Un des autres obstacles majeurs au développement du tourisme en Afrique subsaharienne réside dans le maintien de tarifs aériens très élevés ( parmi les plus élevés du Monde ). Ce problème associé à celui de l'insuffisance des structures d'accueil et à une insécurité fréquente liée à l'instabilité géopolitique du continent, expliquent que le gisement touristique africain soit encore très largement sous-exploité. L'exigence sécuritaire reste primordiale comme le démontre la désertion touristique qui a affecté des lieux aussi divers que le parc des Virunga ( Zaïre), le parc des gorilles à la frontière Ouganda-Rwanda, la Casamance ( Sénégal) à la suite de conflits.

Le Tourisme peut quelquefois contribuer au développement d’infrastructures diverses  telles que des routes, des canalisations d’eau, d’électricité, etc…Parfois ces aménagements peuvent profiter au développement des populations locales. C’est ainsi que les ports du littoral kenyan qui étaient affectés d’un déclin continu depuis plusieurs siècles, ont amorcé une renaissance grâce au développement du Tourisme depuis une cinquantaine d’années .Mais même au Kenya l’impact du Tourisme sur le développement régional reste modeste, Le tourisme est concentré dans les deux grandes villes de Nairobi et de Mombasa, le long du littoral de l’Océan Indien et dans les parcs et réserves. 80% des équipements touristiques sont localisés dans des régions où vivent seulement 10% de la population autochtone. 

Les régions à forte conséquence touristique ont fait l’expérience des conséquences socio- culturelles négatives. La nature enclavée du développement touristique africain renforce la fascination exercée par la culture et le mode de vie occidentaux sur les communautés autochtones. De fait les peuples indigènes sont encouragés à entrer dans une relation de "patron-client " qui leur permet de gagner de l’argent et d’échapper à leurs conditions de vie. De multiples travaux anthropologiques ont montré que ce type de comportement peut se traduire par des poses pour les photographes, des manifestations folkloriques, des services sexuels ponctuels ou organisés, le tout contre de l’argent .Sur la côte du Kenya et en particulier à Watamu le phénomène induit chez les sujets jeunes une multiplication des échecs scolaires et des comportements anti-sociaux incluant alcoolisme et petite délinquance .La multiplication des «beach boys » qui offrent leurs services de prostitués masculins à des clients hommes ou femmes, est significative de cette situation. Au lieu de contribuer au développement économique régional le Tourisme peut engendrer des chocs culturels  de gravité variable mais qui peuvent susciter à moyen terme un rejet du Tourisme. Le Touriste devenant porteur des aspects les plus négatifs de la société occidentale .

 


 

Documents annexes :
Des chiffres
 

 


1-La part de l'Afrique dans le Tourisme mondial (1967-1996)
( Effectifs comptabilisés en milliers ( ,000))
 

 

 

1987

1988

1989

1990

1991

1992

1993

1994

1995

1996

Monde

362.295

395.024

426.636

458.331

463.647

503.148

517.973

544.524

564.025

593.745

parts de marché

100.00

100.00

100.00

100.00

100.00

100.00

100.00

100.00

100.00

100.00

Afrique

9.833

12.508

13.822

15.058

16.202

17.841

18.327

18.652

19.211

20.091

parts de marché

2.7

3.1

3.2

3.3

3.4

3.5

3.5

3.4

3.4

3.3

Amériques

74.901

83.078

86.862

96.394

96.492

103.412

103.703

106.433

110.766

115.517

parts de marché

20.6

21

20.3

20.4

20.8

20.5

20.0

19.5

19.6

19.4

Asie orientale/Pacifique

39.361

45.755

46.419

53.220

54.987

62.749

69.581

75.170

79.658

86.792

parts de marché

10.8

11.5

10.8

11.6

11.8

12.4

13.4

13.8

14.1

14.6

Europe

228.791

842.767

267.910

284.581

284.320

305.062

311.949

328.224

336.378

351.612

parts de marché

63.1

61.3

62.8

62.0

61.3

60.6

60.2

60.3

59.6

59.2

Moyen-Orient

6.702

8.335

8.569

8.959

8.366

10.475

10.854

12.099

13.711

15.256

parts de marché

1.8

2.1

2.0

1.9

1.8

2.0

2.0

2.2

2.4

2.5

Asie du sud

2.707

2.881

3.054

3.179

3.280

3.609

3.559

3.946

4.301

4.471

parts de marché

0.7

0.7

0.7

0.6

0.7

0.7

0.6

0.7

0.7

0.7

          
 


 
2-L'évolution du Tourisme international en Afrique par grandes régions de 1987 à 1996 (effectifs formulés en milliers (,000)
 

 

 

1987

1988

1989

1990

1991

1992

1993

1994

1995

1996

Monde

362.295

395.024

426.636

458.331

463.647

503.148

517.973

544.524

564.025