"Je crois que les touristes sont très utiles en ce monde
moderne. Il est difficile de détester les personnes que l'on
connaît
"
( J. Steinbeck )
"On ne naît pas touriste, on
le devient. A double titre: d'abord parce qu'on acquiert ou
non, tout au long de sa jeunesse, une culture des vacances,
du tourisme et des voyages qui marque nécessairement à
l'âge adulte les habitudes, les pratiques touristiques.
Parce qu'ensuite, nous sommes aussi peu ou prou, à travers
les récits, les habitudes, les comportements qu'elles nous
lèguent, le produit des générations de touristes et de
voyageurs qui nous ont précédé . Impossible donc, pour
comprendre le tourisme d'aujourd'hui, de faire l'impasse sur
ce qu'il était hier" (
VIARD J., 1998.- Réinventer les vacances. La nouvelle
galaxie du tourisme, Paris, La Documentation française
édit., 335 p., p.55 ).

|
1- L'ÈRE
DU
TOURISME ARISTOCRATIQUE
|
«Deux
touristes anglais découvrent, il y a, je crois, une
cinquantaine d’années, la vallée de Chamonix, ainsi que
l’atteste une inscription taillée sur un quartier de roche à
l’entrée de la mer de Glace .
La prétention est un peu forte, si l’on considère la
position géographique de vallon, mais légitime jusqu’à un
certain point si ces touristes, dont je n’ai pas retenu les
noms, indiquèrent les premiers, aux poètes aux peintres, ces sites romantiques où Byron rêva son admirable drame de
Manfred .
(…) J’ai trouvé que j’aurais peut être pu m’illustrer de la
même manière que les deux anglais de la vallée de Chamonix, et réclamer l’honneur d’avoir découvert l’île de Majorque»
(George Sand, 1855, «Un hiver à Majorque», Paris ,
p.8-9 .
Jusqu'au début du XXe siècle le Tourisme n'est réservé qu'à
une petite catégorie de voyageurs privilégiés. Durant cette
période on voyage lentement en admirant la beauté des sites
et les richesses artistiques .Le Tourisme est alors un bien
de luxe. Les équipements pour recevoir ces premiers
touristes sont rares et dispersés. Les classes possédantes
partent en villégiature ou voyagent sans véritable
préoccupation de revenu ni de prix. C'est l'ère des
privilégiés jouissant des avantages liés à leur naissance
ou à l'argent et le Tourisme ( ainsi que le voyage ...)
figure parmi ces avantages .
C’est au XVIIIe siècle que naît le Tourisme. Sa naissance
coïncide avec l’avènement de la «Révolution industrielle »
en Angleterre. Les anglais en furent tout naturellement les initiateurs. L’ampleur de ce mouvement doit être mise en
parallèle avec une modification radicale de la sensibilité
dans les sociétés occidentales. A la fin du XVIIIe siècle
sous l’influence de Rousseau et des préromantiques
anglo-saxons s’opère un «renversement du regard » à l’égard
de la Nature. La montagne et la mer cessent d’être des lieux
de répulsion. Avec Rousseau ce n’est encore que la nature
des lacs , des collines préalpines et des forêts qui est
source d’attirance, mais, très vite, ce seront les plus
hautes cimes des Alpes et les littoraux qui vont attirer. La
Côte d’Azur fut une de ces premières zones d’attraction. Dès
la fin du XVIIIe siècle Nice et Hyères abritaient des
colonies anglaises .Ce n’est pas le bain qui séduit, mais,
outre le paysage, c’est la douceur des hivers, première
manifestation d’un tourisme climatique qui complète la
pratique déjà ancienne des cures thermales qui demeure en
vogue. C’est vers la même époque , en 1741, que deux anglais
, Pocoke et Windham, «découvrent » les glacières de « Chamouni ». Leurs récits feront grand bruit dans les
gazettes de Londres et de Paris, déterminant la naissance
d’un courant de touristes britanniques qui s’engage, chaque
été ,dans le massif du Mont-blanc. En 1786 le guide Balmat
triomphe du Mont-Blanc, accompagné par le docteur Paccard. Le premier tourisme montagnard est né et Chamonix
reçoit les visiteurs les plus divers.
A la même époque l’attirance exercée par la mer s’amplifie
sous l’influence de Chateaubriand et des romantiques
français .En Angleterre, comme en France , la pratique des
bains de mer commence à se développer dès le début du XIXe
siècle. Sous l’impulsion de la Duchesse de Berry, c’est
toute l’aristocratie européenne et tout le monde des Arts et
des Lettres qui prend l’habitude de migrer l’été vers les
littoraux. Ce mouvement naissant est puissamment catalysé
par le développement des chemins de fer qui rapproche les
sites du tourisme naissant des bassins de clientèle .C’est
ainsi que Paris s’affirme comme un important gisement de
clientèle et permet à la Normandie, toute proche, de se
doter des premières stations : Dieppe et Trouville. La
pratique des bains de mer restent le fait d’une petite
minorité , même parmi les gens les plus fortunés .Ce n’est
que sous le Second Empire que le mouvement se généralisera
aux classés aisées ( aristocratie et haute bourgeoisie )
impulsé autant par l’accroissement de la richesse et la
modernisation des moyens de transport que sous l’effet de la
mode impulsée par les groupes dirigeants, au premier
desquels figure le couple impérial .Sur le littoral français
les centres touristiques se multiplient : Tréport, Fécamp,
Étretat,Villerville, Deauville , Villers-sur-Mer, Houlgate, Cabourg, Les Sables d’ Olonne, Royan, Arcachon , …Mais
c’est la Côte d’Azur qui reçoit les clientèles étrangères
les plus fortes : Nice et Menton , mais aussi Cannes ,
Antibes, Saint-Raphaël qui attirent anglais, mais aussi
russes et allemands .La transplantation saisonnière de la «bonne
société » européenne sur les littoraux atlantiques et
méditerranéens suscite la naissance de véritables complexes
touristiques greffés sur des villes ou des villages
préexistants ou créés « ex nihilo » et dotés
d’équipements spécifiques : grands hôtels, casinos , …
1676 : John Clenche : "A tour in France and Italy by an
english gentleman ".
Début du Grand Tour
1741 : Windham et Pococke :" Relation du voyage aux
Glacières de Chamonix "
1763-1790 : premiers hôtels en France et naissance du
restaurant
1786 :
le Dr. Paccard et J. Balmat réalisent l’ascension du Mont
Blanc
1787 : 2ème ascension du Mont Blanc par H. B De Saussure
1800 ( environs de … ) : premier essor des bains sur le
littoral atlantique
1835 : P. Mérimée : " Notes d’un Voyage dans le Midi de la
France "
1836 : premiers guides Murray
1838 :
Stendhal : " Mémoires d’un Touriste "
1841 : A. Joanne : " Itinéraire de la Suisse "
1842 : première ascension du Pic d’Aneto dans les Pyrénées
1843 : Victor Hugo : " Voyages aux Pyrénées "
1843 : premier guide Baedeker sur la Belgique
1850-1860 :
Constitution des grands axes ferroviaires en France
1857 : British Alpine Club
1861 : A. Joanne : " Itinéraire général de la France "
1864 : première ascension de la Barre des Écrins par Whymper
et Cross
1869 : premières Chorégies d’Orange
1874 :
Club Alpin Français
1875 : premières colonies de vacances en Suisse
1877 : premier parc national : le Yellowstone ( Wyoming ,
États-Unis )
1878 : Duhamel expérimente les skis en Dauphiné
1887 : loi sur la protection des sites en France
1889 : premier syndicat d’initiative à Grenoble
1890 :
Touring Club de France
1900 : première édition des guides Michelin
1907 : premiers concours de ski en France à Montgenèvre
1910 : les Guides Bleus prennent la suite des Guides Joanne
1910 :
création de l’Office National de Tourisme ( loi du 8 avril
1910 )
1913 : loi sur les Monuments Historiques ( 31 décembre 1913
)
1917 : création de la Chambre nationale de l’hôtellerie
française
1919 : loi classant les stations climatiques , thermales et
de tourisme
1919 : création de l’Union Nationale des Associations de
Tourisme (U.N.A.T )
1922 : création de la fédération Thermale et Climatique
Française
1924 :
premiers Jeux Olympiques d’Hiver à Chamonix
1927 : première réserve naturelle en Camargue
1929 : ouverture de la première auberge de jeunesse à
Biéville
1929 : création de l’O.T.U ( Office du Tourisme
Universitaire )
1933 : création du Centre Laïc des Auberges de Jeunesse (C.L.A.J
)


|
2- L'ÈRE DU
TOURISME DE MASSE
|
"L'idée
qu'en dehors du travail il puisse y avoir d'autres
activités, non seulement légitimes, mais valorisantes et
susceptibles de définir positivement l'individu, est une
idée moderne
" (PROST
A., 1985.- Histoire de la vie
privée, Paris, Le Seuil édit., t.5 , p.31 )
"De
nos jours le besoin de voyager est surtout créé par la
société et marqué par le quotidien. Les gens partent parce
qu'ils ne se sentent plus à l'aise là où ils sont, là où ils
travaillent et là où ils habitent (...) En fait nous
partons pour vivre, pour survivre. Ainsi le grand exode des
masses qui caractérise notre époque est la conséquence des
conditions engendrées par le développement de notre société
industrielle
"
(KRIPPENDORF J., 1987.-Les vacances et après ? Pour une
nouvelle compréhension des loisirs et des voyages , Paris ,
L'Harmattan édit. ).
L'explosion des temps de détente et de loisirs que
représente l'essor spectaculaire du Tourisme de masse dans
la deuxième moitié du XXe siècle transforme de manière
radicale et définitive les formes du Tourisme. L' "année-symbole" d'entrée de la France dans cette nouvelle
ère est l'année 1936 . Cependant le processus de
démocratisation de l'activité touristique s'amorce en France
dès le début du siècle. Cette deuxième moitié du XXe siècle
marque l'entrée dans le quantitatif car la société toute
entière est alors concerné par le phénomène touristique, ce
dernier évoluant avec l'accroissement de la richesse et de
la consommation. H. Durand et F. Jouvet (2002, op. cit.,
p. 31 et suiv.) distingue trois périodes dans l'histoire du
Tourisme de masse dans les pays industriels : - le "quantitatif-roi " (1950-1975 ) caractérisé par
l'explosion de la consommation au sortir des années de
pénurie des lendemains de la Seconde Guerre Mondiale. Cette
période se caractérise par une demande pressante et
indifférenciée ainsi que par une tendance à
l'uniformisation.
"
C'est l'ère
du Tourisme indifférencié pour tous :le prototype en sont
les vacances d'été ,le tourisme balnéaire des fameux "4S "
- sand, sea, sun, sex (... )
" ( Durand H. & Jouvet F. , 2002 , p. 32 ). Une seconde
période débute dans les années 1970-1975 jusqu'en 2000
environ : c'est celle de l'irruption du qualitatif au cours
de la quelle la recherche de la qualité l'emporte sur la
quantité du fait de la plus grande diffusion de
l'information. Le consommateur est plus soucieux du rapport
qualité prix. La prédominance longs séjours - été - soleil
n'empêche pas le développement des loisirs de proximité lié
au développement des courts séjours, le développement du
tourisme culturel ainsi que celui du tourisme d'affaires . La
troisième période qui s'ouvrirait aujourd'hui serait celle
d'un
"Tourisme
diversifié de masse "
(( Durand H. & Jouvet F., 2002 , p. 37 ). L'urbanisation
galopante , la place prépondérante des loisirs dans la vie
des individus, la recherche accrue de la qualité , voire du
luxe, l'individualisme, le poids sans cesse croissant des
médias, ... susciteraient le développement d'une demande
plus diversifiée, plus soucieuse de sécurité, plus
attentive à l'environnement .
"Les quatre S seront supplantés
par les quatre E: Environnement and clean nature, Event and mega event, Entertainment and fun"
( ( Durand H. & Jouvet F., 2002, p. 38 )
1936 : congés payés en France ( loi du 20 juin 1936 )
1936 :
création du sous-secrétariat d’État aux Loisirs
1937 : naissance de l’Union Française des Associations de
Camping
1942 : législation sur les agences de voyages en France (
loi du 24 février 1942)
1944 : Tourisme et Travail
1947 :
premier festival d’Avignon
1950 : création de l’Académie Internationale de Tourisme à
Monaco
1950 : premiers villages de vacances du Club Méditerranée
1956 : loi sur les 3 semaines de congés payés
1957 :
première loi sur les réserves naturelles 1957 : loi
instituant le congé éducation en France
1958 : création de Villages Vacances Familles ( V.V.F )
1959 : Comité Interministériel du Tourisme ( loi du 18
juillet 1959 )
1960 : loi sur les parcs nationaux ( loi du 22 juillet 1960
)
1962 : création du Commissariat au Tourisme ( loi du 22
décembre 1962 )
1963 : accord Renault : 4 semaines de congés payés
1963 : décret créant les Parcs naturels régionaux
1964 : Commission interministérielle pour l’aménagement de
la Montagne
1965 : classement des hôtels et restaurants ( loi du 13
novembre 1965 )
1966 : Le colloque de Lurs lance le concept des premiers
parcs naturels régionaux
1968 :
Jeux Olympiques d’Hiver à Grenoble
1969 : loi sur les 4 semaines de congés payés
1975 : création du Conservatoire de l’espace littoral et des
rivages lacustres
1976 : loi sur la protection de la Nature
1976 :
directive sur la qualité des eaux de baignade
1978 : le Tourisme est rattaché au Ministère de la Jeunesse
1981 : 5ème semaine de congés payés et création du Ministère
du Temps Libre
1982 : création des chèques- vacances
1982 : loi Deferre sur la décentralisation
1982 : création de la taxe départementale sur les espaces
sensibles (T.D.E.N.S ) et mise en place des zones naturelles
d’intérêt écologique , faunistique et floristique (
Z.N.I.E.F.F.)
1985 :
loi relative au développement et à la protection de la
Montagne
1986 : création de la Maison de la France
1986 : loi relative à la protection , l’aménagement et la
mise en valeur du littoral
1987 :
loi sur l’organisation du Tourisme
1992 : Jeux Olympiques d’Hiver à Albertville
1992 : loi relative à la protection et à la mise en valeur
des paysages
1992 : lancement de la directive européenne "Habitats
"appelée " Natura 2000"
1995 : mise en service d’Eurotunnel
1996 : élaboration de la stratégie nationale sur le
développement durable

«Les
vacances deviendraient-elles dans l’avenir «le rituel stable
d’une société de la discontinuité et de la rupture ? »
( Réinventer les vacances, 1998, p.112 ) (…) La grande
inconnue est en fait l’évolution de la variable «travail »
et du bouleversement de la structuration et de l’utilisation
du temps qui résulterait d’un changement massif dans les
modalités du travail.(…) il est vraisemblable que l’évolution
scientifique, technologique et des mœurs devrait
logiquement continuer dans le sens de la réduction du temps
de travail «contraint», à la fois quant à sa durée totale et
quant à son organisation. Ces facteurs ne peuvent qu’être
favorables aux loisirs en général donc vraisemblablement au
tourisme mais rien ne permet d’affirmer qu’au cours du XXIe
siècle la corrélation entre le développement du tourisme et
celui des loisirs sera assurée, ni surtout qu’elle puisse
se résumer à un simple lien linéaire et positif » ( DURAND H. & JOUVET F. 2003.-, Le temps du Tourisme
triomphant in : SPINDLER J., ( Coord. ), Le Tourisme
au XXIe siècle, Paris, l’Harmattan édit., coll. Tourismes et
sociétés , 463p. , p.56 .


Page en plein écran
( appuyez sur Alt + F4 pour sortir de la fenêtre )

